Il aimait la France passionnément, il croyait en l’Etat. Il vivait les idéaux républicains, ne souffrait aucun compromis ni aucune compromission. Il était décalé en vérité avec son époque, comme s’il était arrivé sur la scène politique trop tard ou trop tôt.

Trop tard par rapport à la génération de la Résistance et de la Reconstruction, trop tôt face aux défis d’aujourd’hui et de demain, où une personnalité comme la sienne aurait été si nécessaire au redressement du pays. Il souffrait profondément, j’en suis sûr, de ce décalage entre ce qu’il pensait pouvoir apporter à la France et l’absence de marge de manœuvre politique suite à l’échec de Maastricht, l’abandon de l’esprit de la campagne de 1995 par Jacques Chirac et la trahison finale des valeurs du gaullisme au sein du RPR, qui lui en a fait claquer la porte de la présidence au printemps 1999.

Aujourd’hui toute la classe politique se rend compte de cette perte mais n’était-il pas le miroir de la mauvaise conscience des uns et des autres, car si Philippe Séguin était reclus à la Cour des Comptes, c’est bien parce qu’une certaine idée de la Nation, de l’Etat et de la République est passée à la trappe à gauche comme à droite, et qu’il n’imaginait pas, intégrité oblige, faire semblant de jouer.

Lui qui aimait tant le foot me disait souvent : « la vie politique d’aujourd’hui, c’est comme un match de foot où les deux équipes jouent mais où le ballon a disparu, détenu par les autres puissances, celles de l’argent qui gouvernent en cachette. »

Beaucoup de ceux qui se pressent aujourd’hui pour lui rendre hommage ressemblent à ces joueurs qui font semblant, qui font comme s’ils n’avaient pas entendu les accents prophétiques d’un certain « Discours pour la France », lequel reste pourtant, près de 18 ans après avoir été prononcé, la meilleure grille de lecture de leurs propres errements et de leur propre impuissance à vraiment redresser le pays.

Philippe Séguin était un géant. Il nous manquera profondément mais les valeurs et les convictions qu’il a défendues avec intransigeance sont très modernes et le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre c’est de poursuivre le combat qui fut le sien.

Avec la disparition de Philippe Séguin, après celle des grands gaullistes historiques comme Alain Peyrefitte et Pierre Messmer, la France perd l’un de ses plus grands défenseurs.

Il avait l’étoffe d’un Président de la République mais, malheureusement pour la France, ce n’aura pas été son destin.