Parce que, bien sûr, c’était hier, dans un passé proche qui est encore très parlant pour nos contemporains. Mais aussi parce que l’Appel du général de Gaulle ne fut pas - hélas - celui du gouvernement français, alors honteusement résigné face à une défaite atroce et apparemment inéluctable. Cet Appel n’en est que plus admirable car il montre que la France appartient à tous les Français - voire à tous les hommes - qui sont prêts à se lever pour elle, et pas seulement à ses dirigeants aussi légaux soient-ils. La France est et demeurera une idée, qui continuera à vivre tant que des Français, humbles ou illustres, la feront vivre. C’est à la fois sa fragilité mais aussi sa force et même sa grandeur.

Pour nous, enfin, qui demeurons convaincus que le gaullisme, cet idéal de la « France éternelle », a préexisté au Général et lui a survécu, l’Appel du 18 juin reste par excellence un geste fondateur d’une actualité intacte. Car, au-delà des célébrations et hommages officiels, qui figent l’homme et la posture – avec parfois l’intention de capter un héritage moral, voire de le détourner -, nous n’oublions pas le message intemporel qu’il contient.

Qu’est-ce que ce 18 juin, outre une date qui efface des 18 juin moins heureux dans notre calendrier national ?

C’est tout d’abord un acte de liberté, c’est-à-dire de résistance à la pseudo-fatalité. La liberté, de Gaulle le rappellera à plusieurs reprises sa vie durant, n’est pas la voie la plus aisée même si elle est la plus digne. Les Français ne doivent pas l’oublier : il faut savoir dire non, car « à force de dire oui à tout, on disparaît soi-même !»

La résistance est ainsi garante de l’indépendance nationale qui, en France, rime avec la grandeur, sans laquelle notre pays ne serait pas lui-même. Indépendance et grandeur nationales, voilà des gros mots qui feront ricaner tous les prescripteurs d’opinion qui, du matin au soir, enjoignent les Français à se soumettre à Bruxelles, Washington, les multinationales, Berlin, la normalisation eurolibérale, et j’en passe. Nous serions trop petits et trop faibles pour pouvoir y couper. Alors oui, leur discours fait penser effectivement à un appel : pas à celui du Général le 18 juin, mais de Pétain le 17…

Que ces esprits chagrins se consolent : la France libre de de Gaulle n’est pas celle, étriquée et barricadée. C’est au contraire la « France éternelle », celle avec qui la liberté du monde a scellé un pacte vingt fois séculaire, celle qui sait accueillir et assimiler ceux qui le veulent et s’en montrent dignes, qui ne défend pas seulement sa propre indépendance mais aussi celle des autres.

Enfin, l’Appel du 18 juin demeurera un appel à l’unité nationale, au rassemblement des Français de bonne volonté malgré toutes leurs différences, voire leurs discordes. Divisé, le peuple français restera à la merci des coups du sort et de l’histoire, tragique. Rassemblé, rien ne lui sera impossible. Est-il, là encore, un message plus actuel que celui-là ?

Ce sera tout le sens de ma présence ce 18 juin à 11h00, en bas des Champs Elysées, devant la statue du Chef de la France libre.