Au lendemain du scrutin, il sera intéressant de feuilleter ainsi le journal d’une campagne. De comprendre mes motivations, d’analyser les causes de la réussite ou de l’échec, de recenser les tournants décisifs, de découvrir celles et ceux qui m’auront accompagné, comme les visages que je croiserai au hasard des déplacements à travers le pays.

Peut-t-on promettre de tout dire, de tout avouer, ses peines, ses joies, ses moments d’espoir ou de découragement ? Non, ce serait mentir dès le départ. Car, à tout dévoiler, on n’existe plus.

Mais, l’intérêt du Blog est quand même de s’efforcer de dire presque tout. Ce qui traverse la tête et que l’on couche parfois sur le papier au retour d’une réunion de campagne et qui par exemple, n’est jamais publié. Tenir un Blog, c’est faire l’effort d’écrire, de donner un peu de soi, de retenir l’éphémère, de ne pas trop chercher à donner un sens immédiat aux choses de la vie.

L’internaute fera le tri. Il décèlera ainsi davantage les traits de ma personnalité. Je tiendrai mon Blog en m’efforçant d’aller au plus loin de la confidence politique et personnelle, sans pour autant bien sûr abîmer mon jardin intime.

Alors commençons aujourd’hui ce dimanche 16 octobre.

Hier, Maison de la Chimie, j’ai annoncé ma candidature à la Présidence de la République. La décision mûrissait dans mon esprit depuis le retour de l’été. Je me souviens d’un réveil aux aurores lors de mes vacances. Vers 6H30, je me suis levé, habité par cette idée que je ne pouvais continuer à me trahir politiquement. J’avais espéré sincèrement après le 29 mai que nos dirigeants comprendraient l’appel des Français. J’ai voté la confiance au Gouvernement Villepin ne voulant pas lui faire un procès d’intention. J’ai vite compris dès le mois de juillet que rien ne changerait. Ouverture des négociations avec la Turquie programmée ; refus de regarder en face la déroute économique de nos entreprises ; volonté d’imposer coûte que coûte un projet institutionnel pourtant massivement rejeté par les Français. Mépris et rejet de tous ceux qui avaient été du côté des Français. La liste est longue des indices de cette surdité générale.

A cela, s’ajoutait la contradiction fondamentale de ce Gouvernement voulant incarner le changement, alors qu’il ne changeait rien. Un Gouvernement sans marge de manœuvre financière puisqu’il s’entête à respecter le pacte de stabilité. Un Gouvernement sans légitimité politique puisqu’il se refuse à respecter le vote des Français.

Je ne doute pas d’ailleurs de la sincérité gaulliste de l’homme Dominique de Villepin, malheureusement en politique ce sont les actes qui comptent. De la privatisation des autoroutes (scandale absolu) à l’entrée de la Turquie, ce n’est qu’une suite de capitulation.

J’ai aussi compris que Nicolas Sarkozy ne pouvait représenter une alternative crédible du moins pour les gaullistes. Là aussi, au-delà des commentaires sur la personne souvent injustes, car l’homme est doté d’une vraie personnalité, je regarde les faits, les actes, la ligne politique. Au cours des trois conventions organisées par l’UMP sur l’intégration, l’économie, l’Europe, qu’ai-je constaté ? Un désaccord de fond. A la discrimination positive, j’oppose l’assimilation et l’égalité républicaine. Au moins disant fiscal et social, j’oppose l’économie participative. A l’Europe politique (simple réchauffage) par morceaux, de la constitution européenne, j’oppose l’Europe des nations et des projets.

Dans ces conditions quel aurait été le sens d’une présence alibi dans un aéropage de politiques plus inspirés par la recherche de postes ministériels que par le partage d’un idéal politique. D’ailleurs à n’en pas douter, à l’exception de quelques fidèles de Nicolas Sarkozy, la plupart l’abandonneront en rase campagne dès que les sondages faibliront.

Devrais-je, comme beaucoup, passer ma vie à soupeser les chances de nos deux leaders ? J’avoue que cela ne m’intéresse pas. D’autant qu’aucun des deux ne porte aujourd’hui les idées auxquelles je crois.

Les universités d’été de Debout la République à Dourdan m’ont conforté dans l’idée que nous étions suffisamment nombreux, structurés sur tout le territoire, porteurs d’un projet clair pour nous lancer.

D’ailleurs il est surprenant de voir combien la rédaction d’un discours vous oblige à clarifier notre pensée. Le discours que j’ai préparé pour Dourdan m’a finalement démontré qu’au fil du temps, sans vraiment d’ailleurs le réaliser moi-même, j’avais nourri un projet global original.

Alors, bien sûr, il faut être franc, j’ai beaucoup hésité. Hésité à me lancer dans cette aventure politique. Hésité au regard des soutiens. Seront-ils là le moment venu ? Je raconterai à une prochaine occasion, ceux qui m’ont lâché avant le commencement. Hésité, car il ne s’agit ni d’un jeu ni d’un coup. J’ai trop de respect pour nos institutions pour laisser croire à l’extérieur, que ma candidature n’a qu’un rôle d’animation.

Oui, je la considère comme sérieuse. Et un jour, j’ai clairement ressenti qu’il s’agissait d’un devoir. Devoir, car nos idées ne sont pas représentées. Devoir, car on ne peut accepter de voir la présidentielle réduite à un jeu de rôle entre la pensée unique et les extrêmes. Devoir, car les Français attendent d’autres personnalités, d’autres idées.

Je parlais en ce début de Blog de sérénité. Oui, sérénité d’être soi-même, de porter ses idées librement comme lors du référendum. Sentiment d’invulnérabilité lié à la justesse des idées que l’on défend.

Bien évidemment, je ne suis pas dupe ni des difficultés, ni des ricanements de mes pairs. Mais il est des moments dans la vie où l’on sait qu’il faut agir.

Un des présents à la réunion me disait après mon discours qu’il avait répondu à l’un de mes collègues député qui se moquait de mon initiative : « n’oublie pas que l’histoire est construite d’actes irrationnels ». L’autre lui répondit qu’il s’agissait d’un acte insensé. Mon soutien lui rétorqua : « un acte sensé, bien qu’irrationnel ».

L’avenir le dira ! A demain.