- C’est l’Etat, et donc tous les contribuables français, qui a permis d’assurer la restructuration à un coût colossal de la sidérurgie française. Si Arcelor est en si bonne santé aujourd’hui, elle le doit aux Français.

- La sidérurgie est une industrie traditionnelle, mais Arcelor est une entreprise de pointe, son caractère stratégique n’est plus à démontrer. Laisser filer un tel fleuron entre des mains étrangères, c’est perdre la maîtrise d’un levier de notre prospérité et de notre indépendance. L’exemple de Péchiney, dont les activités de recherche sont progressivement délocalisées au Canada par son acquéreur Alcan, devrait servir de leçon.

- Arcelor est le fruit d’une fusion entre le français Usinor et deux sociétés sidérurgiques, l’une espagnole, l’autre luxembourgeoise. On nous avait expliqué à l’époque qu’il fallait atteindre un seuil européen pour être capable de peser dans la mondialisation. « L’Europe puissance » serait-elle une fable de plus ? La crédibilité du processus même de regroupement au niveau européen est en jeu si les gouvernements concernés et institutions de l’Union européenne ne sont pas capables de dire « stop ».

Or, la Commission de Bruxelles s’est empressée de dire exactement le contraire, par la voix du Commissaire chargé de la Concurrence, Neelie KROES, bien connue pour avoir été par le passé « Madame Lockheed-Martin » dans son pays (la Hollande) : cette dernière affirme ainsi qu’elle est « contre les champions nationaux, pas franchement pour les champions européens mais très favorable aux champions mondiaux présents en Europe. » S’ils ne sont ni nationaux ni européens, on imagine aisément d’où peuvent venir ces « champions ». Quels propos ahurissants ! En d’autres temps, on aurait pas hésité à parler de trahison.

Pour ces trois raisons : la dette du passé, les secteurs de pointe pour demain, la crédibilité de l’Europe puissance, le Gouvernement aurait donc du solennellement indiquer que l’OPA serait bloquée. Les Américains n’ont pas hésité à faire voter une résolution par le Congrès en juillet 2005 lorsqu’une société chinoise menaçait d’acheter une entreprise pétrolière qu’ils jugeaient stratégique. Si rien n’est fait très vite, outre la perte sèche d’un fleuron stratégique, c’est par un jeu de dominos que les meilleures entreprises françaises passeront les unes après les autres entre des mains chinoises, indiennes, américaines ou japonaises.

Au moment où l’on nous explique que la mondialisation est une vraie guerre économique et qu’il faut miser sur la recherche, le haut de gamme, les centres de décision, comment pouvons-nous être aussi passifs ? Péchiney, les chantiers de l’Atlantique, les palaces parisiens, et quantité d’autres entreprises performantes moins connues, maintenant Arcelor, mais quand nos dirigeants réagiront-ils enfin ?

Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement d’éteindre les incendies, mais d’agir en profondeur par la suppression de l’ISF, la relance de la participation, la TVA sociale, l’investissement dans la recherche, etc

A suivre ….