Le mal, tout d’abord, de l’obsession budgétaire qui conduit les autorités à agir de manière seulement comptable sans réfléchir. Des économies de bouts de chandelles finissent par coûter très cher à la Nation tout entière. Dans ce cas précis, il va de soi qu’il fallait prévoir le coût de désamiantage en France plutôt que d’imaginer se défausser sur un chantier en Inde. La somme est d’ailleurs tout à fait marginale par rapport au coût de la construction du nouveau porte-avions.

Le mal, ensuite, de la démission des politiques face aux technocrates ou aux juges. Je me souviens du mépris affiché du Gouvernement lors d’une question d’actualité d’un député UDF sur le « voyage » du Clémenceau en Inde. C’était il y a près d’un mois ! De même, il est bien triste de voir le Président de la République attendre une décision du Conseil d’Etat pour revenir au bon sens et rapatrier le Clémenceau. Comment s’étonner, dans ces conditions, du décalage entre le sentiment national qui anime légitimement des millions de français et cette indifférence hautaine des technocrates qui ne comprennent pas la dimension symbolique des affaires publiques. L’Etat n’intègre plus ce que les grandes entreprises ont compris depuis longtemps : « l’image » à un prix considérable et mérité d’être soignée ! De même, nous payons très cher l’errance du France. Ce paquebot aurait pu, si l’Etat avait su donner un petit coup de pouce, être transformé en hôtel flottant et aurait rapporté à une ville française.

Le mal, enfin, du décalage cynique entre les discours et les pratiques, au point que personne n’a trouvé anormal de donner des leçons « de développement durable » dans les forums internationaux et d’envoyer à la casse notre fleuron à un chantier polluant et exploitant la misère humaine.

En vérité, la classe politique retrouvera du crédit dans l’ « opinion » quand elle comprendra qu’elle doit enfin faire preuve d’un minimum de cohérence et d’exemplarité. Clémenceau, homme de courage, méritait vraiment mieux. Espérons que cela servira de leçon pour l’avenir.