Malheureusement, ce raisonnement me semble simpliste et dangereux. En effet, la crise du CPE n’est pas une bataille de plus entre le peuple de droite et le peuple de gauche, ni un énième bras de fer entre un gouvernement responsable et une rue manipulée par des syndicats arriérés (on a bien vu que même les syndicats étudiants ont été parfois à la traîne du mouvement). Au contraire, cette crise constitue, après le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005, un nouvel épisode de l’affrontement de plus en plus âpre entre le peuple français qui n’accepte plus de se laisser manger à la sauce de l’euro-mondialisation et ses élites autistes, qui refusent de se soumettre à la voix légitime et souveraine du pays dans ses profondeurs. « Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité. » (Charles de Gaulle) ! C’est pourquoi, je reste convaincu qu’il serait complètement irresponsable de promulguer la loi.

Promulguer aujourd’hui la loi en appelant au dialogue aboutirait à l’inverse au désordre et au blocage. Ce n’est pas en effet parce que, à tort, Jacques Chirac n’a pas eu le courage dans le passé de réformer qu’il doit aujourd’hui s’entêter dans une mauvaise cause et propulser le pays contre un mur.

- le CPE est un mauvais pansement qui n’a jamais été demandé dans ces conditions par les chefs d’entreprises ; - il réveille en beaucoup de Français l’angoisse de la précarité ; - il ne va pas aux causes du chômage qui est lié davantage au poids des charges, à l’ISF, à l’Euro cher, à l’absence de sélection du système scolaire et universitaire, à la concurrence déloyale des pays émergents, à la faiblesse de notre recherche. - il offre sur un plateau d’argent à la gauche et aux extrêmes une jeunesse déboussolée.

Je crois, au contraire que le Président de la République doit faire preuve de sagesse, de fermeté et de dialogue.

Sagesse, en gelant sine die le CPE.

Fermeté, en mettant un terme à tous les blocages d’universités ou de lycées, pour permettre à la majorité des jeunes de travailler.

Dialogue, en ouvrant un « Grenelle de l’emploi » qui s’attache en quelques semaines à proposer un système de « flexsécurité » conciliant le besoin de souplesse des entreprises et le besoin de sécurité des salariés.

Notre pays est en train de se laisser emporter dans des troubles dont il a le secret. Il y a pourtant tant à faire : investir dans la recherche, réformer l’Education nationale, changer le statut de la Banque Centrale européenne, supprimer l’ISF pour les capitaux investis en France dans les pôles de compétitivité, mettre en place la TVA sociale, bloquer l’OMC, etc…

Ce soir, nous saurons si le Président de la République précipite un peu plus le pays dans l’aventure, ou s’il choisit la voie de sagesse qui s’impose d’elle-même.