J’ai été fier aujourd’hui de voir l’Assemblée nationale passer outre les pressions dont elle a fait l’objet tout au long de la semaine, manifestant contre vents et marées un sens des responsabilités qui l’honore.

En effet, les pressions, toutes plus effarantes les unes que les autres, ont été légion ces derniers jours.

Celles, tout d’abord, du gouvernement turc, dont la véhémence et le ton menaçant ont été proprement stupéfiants : menace d’embargo, de rétorsions en tout genre, comment peut-on accepter d’un pays qui prétend vouloir entrer dans l’Union européenne un tel comportement ?

L’Union européenne, justement, n’a pas non plus été en reste : le président de la Commission européenne, M. Barroso, ainsi que le Commissaire chargé de l’Elargissement, Olli Rehn, ont multiplié les remontrances contre le Parlement français, dans des déclarations qui ressemblaient fort à de l’intimidation pure et simple. L’Union européenne prétendrait donc dicter leur comportement aux représentants de la Nation ? Mais il est vrai que ce n’est pas la première fois, loin s’en faut : on se souvient de l’ingérence inadmissible de hauts fonctionnaires européens dans la campagne référendaire française de 2005 et de la réponse sans ambiguïté que leur a faite le peuple français !

Mais le plus triste aura été la réaction des autorités françaises, à la traîne de Bruxelles comme souvent. Que n’a-t-on entendu ! Mme Lagarde dénonçant « l’électoralisme » d’une loi inspirée par la morale et la cohérence républicaine ! Catherine Colonna, ministre délégué aux Affaires européennes, se contorsionnant pour expliquer que la Turquie doit reconnaître le génocide mais que le Parlement français n’a pas à voter cette loi ! Philippe Douste-Blazy et le quai d’Orsay, multipliant les déclarations de lâche apaisement face aux menaces du gouvernement turc ! François Fillon, conseiller politique spécial de Nicolas Sarkozy, qui s’emmêle les crayons en amalgamant entrée de la Turquie en Europe et rejet prétendument nécessaire de cette loi au nom de la liberté d’opinion. Jusqu’à Jacques Chirac lui-même, réclamant la reconnaissance du génocide mais désavouant le vote des parlementaires ! Et pendant ce temps, Ségolène Royal était aux abonnées absentes, se disant favorable à la loi mais, comme par hasard, étant retenue ailleurs au moment de la voter. Sans doute pour ne pas fâcher une Turquie, quoi qu’elle en dise aujourd’hui, qu’elle verrait sans doute bien au sein de l’UE…

Une fois de plus, dès lors que l’UE donne ses consignes, les premiers gardiens de la République oublient la morale et le sens de l’intérêt général.

C’est avec cette politique du deux poids deux mesures, avec ce « faites ce que je dis, pas ce que fais », qui gangrène l’esprit et l’action publics, qu’il appartiendra aux Français de rompre résolument et définitivement en 2007.

Le choix que je veux leur proposer dans le cadre de l’élection présidentielle sera bel et bien celui-là.