Seul Elie Cohen, chercheur au CNRS, avait dit la vérité à l’époque : « Le seul point fort de la spécialisation industrielle de la France qui était l’aéronautique est en train d’être bradé » !

Aujourd’hui, le résultat est là. Le groupe Lagardère qui avait pu disposer de 15% du capital du nouvel ensemble en a cédé 7,5% juste avant l’annonce du retard du programme. Les Anglais se sont désengagés et le système est paralysé par une gouvernance bancale mi-publique, mi-privée, assise sur un pacte d’actionnaires fragile qui a exacerbé la dualité franco-allemande, ruinant trente ans d’efforts déployés par les Etats pour l’atténuer.

En vérité, on a sacrifié la cohérence d’un groupe industriel binational sur l’autel d’une diplomatie hasardeuse, en confiant sa gestion à un agrégat d’actionnaires privés par nature peu sensibles à sa dimension stratégique.

Aujourd’hui, avec la démission du patron de la branche Airbus, arrivé il y a seulement trois mois, on va encore plus loin dans la crise. Heureusement, Louis Gallois a la capacité pour redresser la barre…. A la condition cependant que le gouvernement Français fasse preuve de fermeté face au micmac des intérêts privés, qu’ils soient Français ou Allemands. Il y a urgence !

Cette triste histoire prouve une fois de plus la nécessité de bâtir une politique industrielle où la puissance publique, garante de l’intérêt général et national, assure la stabilité et la stratégie des entreprises concernées. A cet égard, je recommande la lecture du livre de Joseph Stiglitz, Un autre monde : contre le fanatisme du marché, qui explique combien le rôle de l’Etat est vital pour garantir le succès de l’économie de marché. Si un Français avait écrit un pareil ouvrage, que n’aurait-on entendu des commentateurs ? Mais… il est Américain, Prix Nobel d’économie, ancien Conseiller de Bill Clinton.

Il démonte un à un les arguments des « fanatiques du marché », dont le dogmatisme, sous le vernis d’un pseudo-pragmatisme, n’a en effet rien à envier à celui de leurs anciens alter-ego soviétiques. Un beau livre à adresser au rédacteur en chef du Figaro, qui est en train de transformer ce grand journal en une vulgaire officine militante tout à la gloire d’un seul candidat à la présidence de la République, dans la pire tradition de la presse française. Pauvre Beaumarchais, dont la fameuse maxime accrochée au fronton du Figaro aura rarement été à ce point usurpée !