Après Perpignan, nous avons filé dans les environs de Narbonne à la rencontre des viticulteurs. Ils affrontent une crise économique sans précédent et il faut voir la détresse de ces vignerons endettés qui n’arrivent plus à vivre du travail de leur terre pour comprendre la gravité de la situation. A la différence d’autres agriculteurs, ils ne perçoivent aucune aide publique mais doivent faire face à la chute brutale du prix du vin, tout en devant supporter des charges en croissance continue et des normes phytosanitaires ou réglementaires toujours plus rigoureuses que celles de leurs concurrents.

Le résultat est là : des importations massives en provenance d’Espagne ou d’Italie, des méventes qui s’amoncellent. Pour beaucoup, une seule solution, l’arrêt de leur activité et l’arrachage des vignes. A titre d’exemple sur 85 000 hectares de vignobles dans l’Aude, 5% ont disparu en 2005 et 10% sont en voie de subir le même sort en 2006. De son côté, Bruxelles, pour rajouter de la crise à la crise, annonce un plan ayant pour objectif l’arrachage de 400 000 hectares de vignes. Une fois de plus face à une concurrence mondiale déloyale, cette nouvelle jungle, l’Europe se contente d’une défense statique mâtinée de malthusianisme.

Mais qui paiera demain le RMI de ces vignerons abandonnés de tous ? Qui paiera le coût grandissant du recul de la mise en valeur des terres ? La collectivité bien sûr ! C’est pourquoi j’ai proposé quelques mesures simples. Tout d’abord :

- l’exonération des charges sociales, comme dans les zones franches, pour les vignerons que l’on a incité à s’installer et qui croulent sous les dettes ; - l’arbitrage des pouvoirs publics entre la grande distribution et les coopératives pour pouvoir faire remonter un minimum les cours ; - le changement d’orientation de l’Union européenne pour éviter la mort lente de pans entiers de notre viticulture et créer une organisation commune de marché.

Viticulteurs, pécheurs, agriculteurs, transporteurs, sous-traitants d’Airbus…. les unes après les autres, les professions qui font la diversité de l’emploi de notre pays tombent comme un château de cartes sous les coups d’une mondialisation anarchique. Il suffit de sortir du centre de Paris pour comprendre les difficultés de notre pays et la révolte qui gronde contre des dirigeants sourds et aveugles. Ceux qui prétendent prémunir le pays contre un nouveau 21 avril en empêchant les candidatures en dehors des gros appareils, feraient bien, là aussi, d’ouvrir enfin les yeux !