L’Allemagne qui, par démagogie électorale à cause du poids des Verts, a abandonné la filière nucléaire, se trouve aujourd’hui dans un état d’impréparation qui, comme samedi soir dernier, peut désorganiser le réseau européen tout entier.

Cruelle leçon infligées aux ultralibéraux qui poussent à la privatisation d’EDF et GDF et n’ont eu de cesse, ces derniers mois, d’ériger la libéralisation du secteur énergétique allemand en modèle : l’électricien Eon et ses concurrents en Allemagne n’ont pas été en mesure d’empêcher la défaillance du réseau d’électricité car, derrière leur insolente rentabilité financière construite sur le dos des usagers et destinée à racheter à tour de bras d’autres électriciens européens, se cachait en réalité un sous-investissement chronique dans le réseau domestique et dans leurs capacités de production.

Voilà où mène le tout-marché des ultralibéraux et des eurocrates, voilà ce qui attend la France, qui fait déjà les frais de l’interconnexion européenne mais ne pâtit pas encore pleinement du saccage énergétique de la libéralisation orchestrée par la Commission. Quel sentiment de gâchis, lorsque l’on songe qu’il n’y a pas si longtemps, EDF assurait sans difficulté aucune la régularité et la sûreté de nos approvisionnements !

Mais il n’est pas trop tard ! La France peut encore si elle le veut stopper cette machine infernale. Malheureusement, à la recherche de quelques sous pour boucler les fins de mois, l’Etat a amorcé la privatisation d’EDF et s’apprête à brader GDF. Des responsables gouvernementaux nous expliquent même que « l’Europe de l’énergie » est la solution à nos problèmes, alors que chacun voit bien qu’elle en est la cause.

L’enjeu de 2007 est là. Quel secteur public voulons-nous ? Pour ma part, je propose dans les domaines qui exigent une vision à long terme, où le marché est inexistant ou par nature défaillant (comme dans l’énergie), où les investissements doivent se faire à 20 ans, le maintien du monopole public et des entreprises qui vont avec.

Bien évidemment, cela n’interdit en rien leur meilleure gestion pour accentuer raisonnablement leur productivité et rompre avec certains errements du passé. Mais, là aussi, attention au double langage des uns et des autres ! Car, pour revenir à un vrai service public de l’énergie composé d’EDF GDF, seul capable de relever le double défi de la sécurité de l’approvisionnement et de la réduction de l’effet de serre, il faudra dénoncer les accords de Barcelone et revoir de fond en comble la politique européenne. A cet égard, il faudra bien que Ségolène Royal clarifie ses intentions, car rien ne serait plus absurde que de créer un géant public de l’énergie dans le contexte de la libéralisation bruxelloise. Il faudra choisir et le dire ! De même, à droite, que ceux qui veulent privatiser et libéraliser assument leurs responsabilités et annoncent clairement la couleur : il ne sera pas possible de maintenir bien longtemps des tarifs réglementés, car ceux-ci sont le principal obstacle au développement du marché libre dans notre pays !

Comme dans le domaine de la monnaie, de la politique industrielle, de l’immigration, l’efficacité des politiques publiques passe par la réorientation de l’Union européenne. Elle passe avant tout par un devoir de sincérité et d’honnêteté intellectuelle vis-à-vis du seul souverain en démocratie, le peuple !

L’heure de vérité approche…