Comment de tels propos peuvent-ils être tenus par le chef du gouvernement allemand, censé incarner une politique d’amitié et de respect mutuels avec la France ? Il y a au moins trois explications.

Tout d’abord, pour les Allemands, la démocratie représentative et l’autorité des dirigeants pèsent davantage que la souveraineté populaire telle qu’elle s’exprime par référendum. Mélange de tempérament et d’héritage historique, cette conception de la démocratie heurte celle de la France qui, au moins depuis 1789, a érigé la souveraineté populaire en élément constitutif de la démocratie et de la République, c'est-à-dire de la Nation. Or, Jacques Chirac a approuvé les équilibres institutionnels de la Constitution européenne ce qui, dans l’esprit des Allemands, équivaut à une ratification, même si notre tradition politique et le droit international ne l’entendent pas de cette oreille.

Deuxième explication, justement, l’absence de réaction des dirigeants français face à de telles déclarations montre clairement leur complaisance vis-à-vis de l’acharnement de l’Allemagne à faire passer en force la Constitution. S’il en avait été autrement, il est évident que jamais aucun dirigeant allemand n’aurait osé prononcer de tels propos. C’est dire la gravité du renoncement national du Chef de l’Etat face à la prétendue nécessité de l’Europe supranationale. Un comble, alors même qu’en ce jour Jacques Chirac multiplie les poses de première pierre de mémoriaux célébrant le souvenir du général de Gaulle, un général de Gaulle qui plaçait le respect de la souveraineté populaire, c'est-à-dire du référendum, au dessus de tout ! Un comble aussi, lorsque l’on songe que la Constitution européenne organise un très grave déséquilibre de pouvoir en Europe entre la France et l’Allemagne, là où, précisément, Charles de Gaulle a toujours conditionné la réconciliation entre les deux pays à leur égalité sur le continent.

En effet, au nom d’une pondération démographique d’apparence juste et raisonnable pour « mieux faire fonctionner » la prise de décision communautaire, la Constitution européenne donne à l’Allemagne (dans l’Europe actuelle) 17% des droits de vote contre seulement 13% à la France. Ainsi, l’intérêt national allemand est bien entendu la troisième raison qui pousse Madame Merkel à vouloir contre vents et marées l’entrée en vigueur de la défunte Constitution européenne. C’est bien entendu son droit et son devoir que de défendre l’intérêt supérieur de son pays. Pour autant, on peut estimer qu’elle se trompe. D’abord vis-à-vis de la France en déséquilibrant dangereusement sa relation avec elle, au risque de ressusciter de vieilles rancœurs. Vis-à-vis du peuple allemand ensuite, qui n’adhère plus, loin s’en faut, aux ambitions de leurs dirigeants, lesquelles visent à instaurer une Europe fédérale et post-nationale où disparaîtraient les nations.

En effet, n’oublions pas que les Allemands aussi rejettent désormais majoritairement l’euro et qu’ils auraient rejeté la Constitution européenne si on leur avait soumis ce traité par référendum. Ainsi, contrairement à ce qui a été dit depuis un an et demi, le 29 mai a été un acte de résistance d’avant-garde, dans la grande tradition d’une « France éternelle » qui ose, contre les vents dominants, emprunter la voie de la liberté et du Progrès. Ce « non » des Français (puis des Hollandais) a en quelque sorte été un « non » par procuration pour une majorité de peuples et de citoyens européens qui, eux aussi, attendent beaucoup de l’élection présidentielle de 2007. C’est à l’aune de cette réalité qu’il faut lire le propos prophétique prononcé par Lech Walesa, au lendemain du 29 mai 2005 : « Un jour, l’Europe remerciera la France ! ».

C’est bien pourquoi, fidèle à mes convictions nationales et européennes de toujours et respectueux de la voix souveraine du peuple français, je défendrai sans relâche durant la campagne présidentielle cette « autre Europe » qu’il est du devoir de la France de proposer à ses partenaires. C’est tout le sens de ma présence aujourd’hui à Colombey-les-Deux-Eglises, en compagnie d’une centaine de jeunes élus et militants gaullistes qui, avec moi, veulent contribuer à la renaissance d’une « certaine idée de la France ».