Nicolas Sarkozy, de son côté, n’arrive même plus à dissimuler ni son projet, ni ses impatiences ! La séance du Conseil National à laquelle je n’ai pas voulu me rendre a révélé le climat pitoyable de « petit meurtre entre amis » qui y règne. En vérité, derrière les grands mots, la bataille des clans pour le pouvoir, impitoyable et pathétique, fait rage.

Nicolas Sarkozy, lui qui a été le premier à étouffer les courants internes au mépris des statuts de l’UMP, s’imagine-t-il un instant que quiconque un tant soit peu sensé pourrait participer à ces primaires en « toc », qu’il a inventées pour donner à un parti à sa botte un soupçon d’apparence démocratique ? A l’opposé, comment les chiraquiens, qui sont d’accord avec lui sur l’essentiel, peuvent-ils aujourd’hui jouer les vierges effarouchées face au projet de l’UMP ? Le spectacle de ces querelles d’ego est affligeant.

Ayant les uns et les autres renoncé à rendre à la France les moyens de résoudre à la racine ses difficultés, ils se sont eux-mêmes condamnés à s’étriper pour la conquête des dépouilles du pouvoir, n’ayant plus qu’à opposer des styles personnels dont les Français se moquent éperdument. Il y a certes des nuances entre eux : les chiraquiens avancent à reculons vers la normalisation euro-mondiale que veut nous imposer Bruxelles, tandis que les sarkozystes veulent s’y précipiter, et la France avec eux, la fleur au fusil. Mais les uns comme les autres buttent sur des réalités de granit, que les acrobaties verbales d’un discours d’Agen ou de Périgueux ne suffiront pas à faire disparaître, comme par enchantement.

Car comment relancer la croissance sans mettre un terme à la forteresse de la Banque Centrale européenne ? Comment lutter contre les déficits commerciaux sans rétablir la préférence communautaire ? Comment contrôler l’immigration sans remettre en place le contrôle aux frontières et lancer un plan Marshall à destination de l’Afrique ?

N’en déplaise aux oligarchies qui nous gouvernent et n’acceptent toujours pas le NON du 29 mai 2005, tout procède de la question européenne, et donc de la question nationale. A gauche, au centre, à l’extrême droite, tout le monde s’en empare avec une sincérité plus ou moins douteuse. Et la droite républicaine, héritière du gaullisme, serait la seule à l’ignorer, à lui préférer la résignation ou l’alignement sur des « modèles » étrangers ?

Il ne s’agit pas, dans mon esprit, d’accuser l’Europe de tous les maux pour dispenser la France de tout effort, mais au contraire d’avoir la volonté de changer d’Europe pour pouvoir engager des efforts justes et efficaces, pour à nouveau maîtriser notre destin et donc nous responsabiliser. Il y a urgence ! Il suffit de parcourir la France pour comprendre l’étendue du désastre industriel, l’ampleur des délocalisations, la profondeur de la spirale de la misère et de l’assistanat.

L’économie française est comme un château de cartes. Quand se décidera-t-on à réagir ? 2007 sera sans doute l’ultime chance donnée à la démocratie française pour changer les choses par les urnes. Si les caciques du système parvenaient à l’étouffer, ils porteraient alors, et eux seuls, l’entière responsabilité des terribles conséquences qui s’ensuivraient !