Cette production est d’une simplicité confondante. Dans un hangar, un stock de graines de tournesol, dans un coin, un entonnoir géant d’environ 4 mètres de hauteur rempli régulièrement par une pelle mécanique de graines. Enfin, une petite machine qui extrait l’huile des graines et laisse en résidu du tourteau qui servira d’alimentation pour le bétail. Cette huile est ensuite filtrée par un appareil et versée dans des fûts prêts à l’utilisation.

L’agriculteur vend sa production à la Communauté d’Agglomération de Villeneuve-sur-Lot qui remplit ainsi les réservoirs de ses camions.

Le rendement énergétique est des plus élevé : pour 1 tonne d’équivalent pétrole (TEP) consommée à la production, il est produit 7 TEP. Pour l’éthanol, par exemple, produit à partir de la betterave, le rapport est de 2,2 TEP produites pour 1 TEP consommée.

Cette expérimentation se généralise dans le Lot et Garonne et en Aquitaine car elle a l’avantage d’éviter les transports en camion des graines vers des usines de groupes pétroliers qui se situent, en général, près des raffineries, sur les ports. Par exemple, dans la filière diester, le producteur de tournesol livre ses graines à un négociant qui les ramasse, les achemine vers une usine, les traite chimiquement pour les mêler à du gazole (de 5 % à 30 %) puis le gazole, dénommé diester, est redistribué dans les stations services.

Cette expérimentation est farouchement combattue par les pouvoirs publics sous la pression des groupes pétroliers, car ces derniers ne veulent surtout pas de la production d’huile végétale pure directement par des agriculteurs qui court-circuitent ainsi la filière pétrochimique.

Les groupes pétroliers veulent s’arroger le monopole de la transformation et comprimer au maximum la marge des agriculteurs, en menaçant même d’importer directement du Brésil des graines ou du carburant à un prix moins élevé.

L’Etat a tout fait pour bloquer cette filière. La délibération de la Communauté d’Agglomération de Villeneuve-sur-Lot a été déférée devant le Tribunal Administratif de Bordeaux qui l’a annulée. En cour d’appel, cependant, il a été donné raison à la Communauté d’Agglomération, car au regard d’une directive européenne, l’huile végétale pure est un biocarburant.

N’y arrivant pas juridiquement, un amendement a été ajouté, en douce, à la loi de finance de 2006, alignant la fiscalité des huiles végétales pures sur celle du diester, alors qu’auparavant la TVA appliquée à ces huiles n’était qu’à 5,5 % puisqu’il s’agissait d’une production agricole.

Il est normal d’ailleurs que l’Etat soit prudent et empêche une chute libre de ses recettes fiscales assises sur la consommation de carburant.

Mais ce que demandent les producteurs, c’est d’éviter le deux poids deux mesures, car au même moment, le gouvernement a défiscalisé à 99 % la production d’éthanol, parce que les groupes pétroliers mettent en place une filière. Ils demandent juste une harmonisation de la fiscalité pour les biocarburants en prenant en compte le rendement énergétique. En effet, il va de soi que si les biocarburants constituent un avenir extraordinaire pour l’agriculture française et le développement durable, c’est à la condition que les agriculteurs maîtrisent au maximum la production de carburant à la fois pour réduire le coût environnemental qu’engendre le transport des graines dans les ports et pour s’assurer des revenus corrects.

Cet exemple démontre, en tout cas, qu’il ne suffit pas de parler d’écologie pour être vertueux. Nous réussirons à réduire notre dépendance énergétique, à préserver notre environnement et à revitaliser le monde rural, si nous veillons à toujours promouvoir l’intérêt général.