Le premier tour de l’élection présidentielle approche à grands pas sans que la campagne ait pu décanter les choses.

Si l’enjeu aura rarement été aussi crucial sous la Vème République, jamais sans doute la confusion des lignes et des programmes, le vide des projets derrière le trop-plein de l’esbroufe politico-médiatique et la tyrannie des postures au détriment du sens, n’auront été aussi gigantesques !

Comment, dans ces conditions, s’étonner du nombre pléthorique des indécis ? Comment ne pas craindre l’amertume et la colère des lendemains qui déchantent ?

Sans préjuger du verdict de dimanche prochain, ni obligatoirement désespérer de l’émergence d’une véritable dynamique de rassemblement à la veille du second tour, on est bien obligé de constater que la campagne présidentielle est passée à côté de l’essentiel, une fois de plus escamoté ou parqué aux extrêmes.

L’essentiel, c’est la façon dont la France entend s’insérer à l’Europe, et l’Europe à la mondialisation. Or, sur ces deux sujets-clé qui déterminent une très grande part de nos marges de manœuvre économiques et sociales, les principaux candidats se contentent de vœux pieux, d’incantations de pure forme, de déclarations aussi martiales que vaines.

Comment mettre l’euro au service de la croissance, reconstruire la préférence communautaire pour en finir avec les délocalisations, instaurer la TVA à 5,5% dans la restauration, préserver le tarif modéré d’EDF et donc un monopole national de fait, mettre en œuvre une véritable politique industrielle nationale puis européenne, sauver la PAC, maîtriser les OGM, réguler les flux migratoires, etc. sans renégocier des pans entiers de traités européens néfastes où la France s’est fourvoyée depuis 15 ans ?

Comment réconcilier la France du oui avec la France du non, l’Europe avec la démocratie et le progrès social, en obligeant, comme on force un enfant à manger sa soupe, les Français à avaler la Constitution européenne ou un de ses dérivés ?

Les Etats-Unis entament un bras de fer avec la Chine, dont le flot montant des exportations menace dangereusement son tissu économique. Mais, pendant ce temps, l’Europe continue sa politique de libre-échange débridée, qui ne profite qu’à l’un de ses Etats-membres : l’Allemagne. Mme Merkel devrait pourtant comprendre qu’elle scie la branche sur laquelle elle est assise, que tôt ou tard son pays sera lui aussi laminé par la formidable machine de guerre exportatrice de la Chine.

N’est-ce pas le rôle de la France de dire ces vérités à son principal partenaire ? Les candidats qui dépassent 20% d’intentions de vote se prononceront-ils enfin sur cette question, capitale pour l’avenir de la France et de l’Europe ?