Les Français ont élu Nicolas Sarkozy Président de la République pour tourner la page de 20 années d’immobilisme. Ils ont été séduits par le langage direct et le sentiment donné par le candidat qu’avec lui tout est possible. Ils ont aussi estimé que Ségolène Royal n’était pas suffisamment apte à s’attaquer aux maux du pays.

Cette campagne n’a pourtant pas abordé le fond des problèmes. Les deux finalistes ont surtout mené une campagne d’image et le plus dur commence maintenant.

Le nouveau Président doit en effet à la fois réconcilier les Français et s’attaquer aux racines des problèmes.

Pour ce faire quelle sera sa politique ? Celle de ses proches qui rêvent de normaliser la France ou celle de ses discours qui s’attaquaient à la politique de la Banque Centrale européenne ou du libre échange déloyal ? Beaucoup, je le sais bien, m’ont reproché d’avoir rendu public mon vote en sa faveur. Mais, j’ai clairement indiqué que si au 1er tour on exprime une préférence, au second on élimine le candidat dont le projet est le moins positif pour le pays.

Or j’assume mon rejet du programme de Ségolène Royal qui aurait perpétué un immobilisme fatal pour la France. Le duel télévisé de l’entre-deux-tours a d’ailleurs révélé aux Français combien sur les retraites, l’emploi, la sécurité, l’immigration, le projet de Nicolas Sarkozy était, que cela plaise ou non, plus solide que celui de sa rivale.

Quant à l’affaire européenne, les deux candidats ont cultivé la plus parfaite ambiguïté : tous deux partisans acharnés du oui en 2005, l’un et l’autre se sont contentés de donner des gages particulièrement fragiles à la France du non, sans qu’il soit possible de savoir à coup sûr où se trouvait la moins mauvaise garantie contre la résurgence du traité. Car, entre nous, il était bien évident que la candidate socialiste, en promettant un référendum, cherchait avant tout à réconcilier le oui et le non à gauche plutôt qu’à l’échelle du peuple français tout entier. Rien ne dit qu’elle aurait tenu parole, dès lors que l’adjonction de quelques vagues protocoles sociaux au TCE aurait ramené un semblant de calme dans son camp. De son côté, Nicolas Sarkozy a certes affiché la couleur d’une ratification parlementaire, mais en prenant soin de dire que, la Constitution étant « morte », il ne pouvait s’agir que d’un traité a minima. Dans un cas comme dans l’autre, les garanties et les assurances étaient en réalité bien minces.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas parce que j’ai fait mon choix que cela m’interdira de mener avec franchise mon action politique. Tout au contraire, c’est parce que j’ai eu le courage de surmonter mes réticences vis-à-vis de certains aspects du candidat de l’UMP, de ne pas me complaire dans le ni-ni, que je pourrais d’autant plus dire et agir.

L’enjeu maintenant est de faire comprendre au Président et à sa nouvelle majorité qu’ils doivent, pour réussir, être cohérents. Ce n’est en effet qu’en changeant préalablement d’Europe que l’on pourra redresser la France.

Pour maîtriser l’immigration, il faut contrôler les frontières et aider l’Afrique. Pour relancer l’emploi, il faut changer le fonctionnement de la Banque Centrale européenne et rétablir la préférence communautaire. Pour investir massivement dans les industries d’avenir, il faut revoir la politique de la concurrence.

La question européenne et la manière dont l’abordera Nicolas Sarkozy sera donc le test essentiel du début de mandat. Soit le Président capitule devant la pression de certains de nos partenaires et c’en sera fait, prématurément et définitivement, de son état de grâce : la déception des Français sera alors immense. Soit il réussit par le bras de fer à faire évoluer les choses et alors il se donnera les moyens d’avoir des résultats. Je précise d’ailleurs que s’il devait en être ainsi, je lui apporterai un soutien sans équivoque ni hésitation.

Tout l’enjeu est là. C’est pourquoi nous devons saisir les élections législatives pour nous muscler. C’est le sens des quelques 70 candidats que nous présenterons en juin.

Il s’agit de peser sur la future politique qu’impulsera le nouveau Président de la République.