Hier au journal télévisé de FR3 de fin de soirée, la réalité de la France d’aujourd’hui a repris le dessus sur le temps des promesses de la campagne présidentielle.

Des ouvrières d’une usine de fabrication de chaussures professionnelles du Gard criaient leur colère de voir leurs 250 emplois délocalisés en Tunisie. Dans un département déjà sinistré, l’hémorragie des délocalisations continue. La confrontation entre les directeurs impassibles et ces femmes et ces hommes qui voyaient le sol se dérober sous eux valait mieux que tous les discours sur le drame de ces dizaines de milliers d’emplois supprimés à travers tout le pays.

Le défi économique et social des cinq prochaines années est là. C’est pourquoi, à mon sens, toute la politique du gouvernement devrait se concentrer sur cette question. Aucun résultat ne verra le jour si on ne traite pas enfin les racines du mal. Un euro surévalué, un libre échange déloyal, des charges trop élevées, une formation professionnelle et une politique de l’innovation défaillantes.

Les deux premières causes renvoient à la politique européenne suicidaire de la Banque Centrale européenne et de la Commission. Il faut que les actes du nouveau Président de la République suivent maintenant ses discours. A cet égard, je suis inquiet de voir se préparer un mini-traité européen renforçant la part des votes à la majorité qualifiée alors que seul le droit de veto permettrait à la France de ne pas être minoritaire dans une Europe à 27. La preuve en est d’ailleurs que Nicolas Sarkozy vient d’en brandir la menace sur les négociations à l’OMC ! Si la Constitution européenne avait été adoptée, le Président de la République n’aurait pas pu menacer d’un veto la Commission puisque le domaine des négociations commerciales était censé passer d’un système de vote à l’unanimité (permettant le veto d’un pays) à un système de vote à la majorité qualifiée (laissant la France sans capacité de blocage).

Quant à la volonté de réformer la Banque Centrale européenne, il ne faut pas qu’elle s’évanouisse à peine le Président élu.

La question centrale des charges sociales renvoie à la politique fiscale et budgétaire de l’Etat. La politique de déductions fiscales tous azimuts amorcée par le gouvernement ne doit pas se faire au détriment du soutien à la création d’emploi par la baisse des charges et de l’aide à l’investissement dans l’innovation. Améliorer le pouvoir d’achat des Français peut être un plus, mais c’est la solvabilité des ménages grâce à la création d’emplois qui demeure la priorité. C’est bien de vouloir acheter son logement mais il faut avoir un emploi pour pouvoir rembourser les emprunts même réduits !

S’il est légitime d’offrir une déduction fiscale de 20% des intérêts d’emprunts pour un prêt immobilier, encore faut-il la réserver aux primo-accédants et ne pas négliger dans le même temps le développement des Prêts à Taux Zéro. Ainsi l’Etat conservera des munitions budgétaires pour aider les entreprises à affronter la concurrence et éviter ainsi les terribles délocalisations.

A suivre…