A la veille du 1er tour, la campagne législative s’achève. Après beaucoup de réunions publiques et de nombreux après-midis de porte à porte, je perçois encore davantage combien l’attente des Français est immense.

Chaque circonscription a sa spécificité. Pour autant, ce que j’entends depuis des semaines ici dans la 8ème de l’Essonne n’est pas fondamentalement différent de ce que j’ai pu constater au cours de tous mes déplacements dans le pays à l’occasion de la précampagne présidentielle.

Tout d’abord nos concitoyens ne supportent plus l’incapacité de la police et de la Justice à faire respecter la loi de la République. Je pourrais citer des dizaines d’anecdotes toutes plus révoltantes les unes que les autres. Trafic de drogue au pied des immeubles, mini motos pétaradantes au milieu des enfants, véhicules détériorés pour la quatorzième fois, cages d’escaliers toujours occupées, etc. Les habitants des quartiers HLM ne comprennent pas pourquoi les forces de l’ordre ne peuvent pas agir. Une résignation générale l’emporte. Alors, bien sûr, certains répondront qu’il ne s’agit que d’incivilité, que la police ne peut pas tout, que la Justice fait de son mieux.

Mais le résultat est là. Un vrai mal de vivre s’est emparé de nos banlieues alors même que l’on n’a jamais autant investi dans la réhabilitation des immeubles. Seule la réforme de la Justice permettra de remonter la pente. A chaque délit doit correspondre une sanction. On en est si loin quand on apprend que trois meneurs à la tête d’une bande de trente jeunes ayant tabassé trois policiers ne sont condamnés qu’à cinq mois avec sursis !

Au même moment, on n’a jamais autant arrêté les automobilistes à 3 heures de l’après midi pour un défaut de ceinture, ou un dépassement de 3 kilomètres heure… Certes, le respect du code de la route est une chose sérieuse, mais seule la répression de tous les délits – notamment ceux liés à la « petite délinquance » - en garantira la crédibilité et la parfaite légitimité. On ne peut pas, d’un côté, refuser l’amnistie pour des infractions au stationnement, secondaire en matière de trouble à l’ordre public et, de l’autre, continuer à laisser des petits délinquants pourrir la vie de quartiers entiers !

Ensuite, nos concitoyens sont hantés par le chômage et la précarité sociale. Les statistiques officielles du chômage ou de l’inflation sont déconnectées de la situation réelle, vécue. L’écart entre les plus aisés et les plus modestes ne cessent de s’accroître. Les dépenses incompressibles (impôts locaux, téléphone, EDF, loyer) sont en hausse tandis que le pouvoir d’achat, compte tenu de la multiplication des temps partiels, des CDD ou de la stagnation des retraites, est laminé.

Alors même que nous sommes dans des communes où le chômage est plus faible que dans le reste de la France, les jeunes et surtout les plus de 50 ans se sentent écartés du système. Bien évidemment la situation n’est pas aussi difficile pour tous. Mais comme beaucoup le répètent depuis des années, personne aujourd’hui, même dans les classes moyennes, ne se sent à l’abri d’une chute, d’une rupture. C’est pourquoi, la priorité des priorités doit être la lutte contre le chômage. A cet égard, je suis inquiet de voir le gouvernement concentrer ses forces budgétaires sur la baisse des charges sur les heures supplémentaires qui risque de dissuader nos entrepreneurs d’effectuer de nouvelles embauches. Oui à la baisse des charges mais équivalente pour les heures supplémentaires comme pour tout nouveau recrutement.

La troisième difficulté concerne la qualité de vie. La dégradation des conditions de transports pèse lourd sur le moral des habitants. A force d’entasser toujours plus de bureaux à l’ouest de Paris et d’éloigner loin de la capitale les logements, les déséquilibres deviennent ingérables. Là aussi je ne cesse de réclamer un plan cohérent d’aménagement de l’Ile-de-France.

En un mot, les Français attendent une vraie volonté politique. Je suis d’ailleurs très impressionné par le caractère très tranché des opinions sur le nouveau Président de la République. Beaucoup, notamment dans les quartiers populaires, attendent de lui des résultats rapides et tangibles. D’autres manifestent un rejet épidermique. La grande majorité veut y croire. L’enjeu est là. Après l’échec de la gauche avec François Mitterrand, celui de la droite avec Jacques Chirac, la France n’a plus droit à l’erreur !