Aujourd’hui, le Président de la République a convié à l’Elysée les Parlementaires de l’UMP, du Nouveau Centre et les non inscrits comme moi, autour d’un «buffet déjeunatoire» d’un type nouveau sous la 5ème République.

Assis dans la salle des fêtes, nous avons écouté un long discours-programme du Président de la République. Propos bien sûr retransmis à la télévision.

Cet exercice appelle de ma part deux remarques, l’une sur la forme, l’autre sur le fond.

Sur la forme, la présidentialisation du régime est confirmée : un pas supplémentaire a ainsi été franchi avec ce quasi-discours de politique générale. Résultat : la fonction de Premier Ministre est progressivement vidée de son sens. Que pourra dire ce dernier devant l’Assemblée Nationale mardi prochain ? Soit il répète les propos du Président et son discours perd tout intérêt, soit il s’en écarte et les observateurs ne manqueront pas de s’en étonner. Le Premier Ministre devient ainsi une sorte de Vice-président américain.

L’autorité du Président s’affirme de plus en plus sur la majorité parlementaire. En convoquant la seule majorité à l’Elysée et en détaillant son programme comme s’il était déjà voté, le Président réduit encore plus l’autonomie des Députés et Sénateurs, simplement chargés des modalités d’application de ses décisions.

Et c’est bien là que la situation devient dangereuse. Car aux Etats-Unis, le Congrès est indépendant du Président. Il y a négociation entre eux, non pas sujétion. De surcroît, les élections à la Chambre des représentants sont fréquentes, et coïncident rarement avec celle du Président.

On peut comprendre la volonté de Nicolas SARKOZY de s’engager à fond dans son mandat. On ne peut cependant que s’interroger sur les dangers de tout concentrer à l’Elysée, au risque de voir le paratonnerre autrefois à Matignon se déplacer rue du Faubourg St Honoré.

Il faut aussi prendre garde à ne pas déséquilibrer davantage les pouvoirs entre l’exécutif et le législatif.

En tous cas, je ne regrette pas un instant de garder ma liberté en figurant sur les bancs des Non Inscrits de l’Assemblée Nationale. Plus que jamais notre démocratie aura besoin d’Hommes libres.

Sur le fond, le discours de Nicolas SARKOZY était offensif : je peux le signer des deux mains. Refus de la pensée unique, volontarisme économique, critique de l’Euro et du désarmement commercial unilatéral européen, …. la liste est longue des propos que je ne cesse de tenir moi-même depuis dix ans.

Mais alors, pourquoi partir demain à Bruxelles pour négocier un mini traité qui reprend les pires dispositions de la Constitution ?

L’extension de la majorité qualifiée dans de très nombreux domaines est une menace directe contre nos intérêts nationaux dans la mesure où elle conduira fatalement à la mise en minorité de la France sur des sujets aussi fondamentaux que l’agriculture, l’immigration, les négociations commerciales à l’OMC, les services publics, l’exception culturelle,… Cette extension anéantira tout droit de veto de la France, un droit de veto dont le Président vient pourtant de brandir la menace pour empêcher un mauvais accord agricole à l’OMC !

La pondération démographique remet excessivement en cause l’égalité entre la France et l’Allemagne en Europe, pilier fondamental de leur réconciliation depuis 1958, au risque de compromettre l’amitié franco-allemande.

En vérité, on nous prépare une mini-constitution bis, dont la ratification, de surcroît, est prévue par la voie parlementaire.

J’ai écrit à Nicolas SARKOZY il y a déjà dix jours pour le mettre en garde contre cette folie politique et institutionnelle. Ma lettre est désormais publique.

Car, au-delà de la vision que l’on peut avoir de l’Europe, il faut bien comprendre qu’en signant un tel traité, la France s’interdirait de mettre en œuvre le redressement nécessaire.

J’invite tous ceux qui veulent en savoir plus à lire ma lettre. En tous cas, je ferai tout pour éviter que l’on passe autour du cou de la Nation le nœud coulant de la supranationalité !