Le Président de la République se rend aujourd’hui à Bruxelles pour plaider en personne les orientations économiques et fiscales de son gouvernement, et tenter d’obtenir une gouvernance de l’euro qui tienne enfin compte de la compétitivité, de la croissance et de l’emploi.

Réclamant depuis Maastricht un changement de politique monétaire, je ne puis que m’en réjouir bien entendu. Car il s’agit avant tout d’une nécessité régulièrement invoquée par les gouvernements français successifs (en 1997, Lionel Jospin déjà !), mais jamais suivie d’effet à cause du peu de persévérance de nos dirigeants.

Mais c’est aussi une promesse de campagne invariablement martelée par Nicolas SARKOZY depuis un an – comme par sa rivale socialiste d’ailleurs. A cet égard, le chef de l’Etat joue une bonne part de sa crédibilité en venant croiser le fer avec nos partenaires et la Commission européenne.

Hélas, son refus de faire inscrire un changement des statuts et des objectifs de la Banque Centrale Européenne (BCE) en contrepartie du sauvetage de la Constitution européenne rebaptisée « traité simplifié » pour les besoins de la cause, rend difficilement crédible son plaidoyer pour un assouplissement de la « gouvernance monétaire européenne ».

Le président de la République fait mine de croire qu’il existe, dans le cadre des traités existants, des marges de manœuvre inexploitées pour y parvenir. Il est bien le seul. La lettre des traités de Maastricht et suivants est à cet égard sans ambiguïté : la BCE, dont la totale indépendance est inscrite noir sur blanc dans le fameux « acquis communautaire », a pour seule mission de veiller à la stabilité des prix sans autre forme de considération.

Ainsi, le seul moyen juridique de parvenir à un assouplissement monétaire consisterait à réformer les traités eux-mêmes, ce qu’une majorité de nos partenaires, Allemagne en tête, refusent obstinément, par dogme et intérêt à courte vue. Ainsi, le vrai obstacle à la réforme de la BCE est politique : la France (et l’Italie aussi) s’est elle-même mise dans le piège monétariste dont elle ne parvient pas à sortir par peur de mécontenter ses partenaires. C’est exactement le même problème qui est posé par le libre échange sauvage dont souffrent notre économie et nos emplois.

Nicolas SARKOZY aura beau présenter comme une victoire le report de l’équilibre de nos comptes publics à 2012, il ne pourra pas sortir de la contradiction béante qui consiste à tout lâcher à Bruxelles le 23 juin lors du sommet institutionnel pour, 15 jours plus tard dans la même ville, faire mine de réclamer ce qu’il n’a pas voulu obtenir lorsqu’il en avait vraiment la possibilité.