Dans leur exposé préliminaire, Hervé MORIN et Bernard KOUCHNER, nous ont récité le catéchisme habituel : les troupes alliées progressent chaque jour davantage, notre mission est civilisatrice, bientôt nous pourrons nous retirer en transmettant à l’armée afghane la maîtrise du terrain, etc. Mais dans leurs réponses aux questions des députés, le ton et les propos ont été progressivement différents. Ils se sont contredits l’un l’autre (et parfois eux-mêmes) sur le fait de savoir si oui ou non la France était en guerre en Afghanistan. Triste spectacle, alors que les Français n’ont aucun doute là-dessus…

Le Ministre de la Défense a reconnu que nous manquions là-bas de moyens aéroportés, le Ministre des Affaires étrangères a avoué que la seule solution était politique. Enfin, quand Jacques MYARD a rétorqué qu’avec 50 000 hommes, il était impossible de « tenir » un pays comme l’Afghanistan et qu’il en faudrait 10 fois plus, les deux ministres l’ont approuvé, reconnaissant qu’il fallait transférer le flambeau le plus vite possible à l’armée afghane. Lorsque j’ai demandé pourquoi alors nous avions envoyé plus de 1000 soldats supplémentaires, aucun ministre n’a souhaité répondre. Pire, ils ont reconnu que les Talibans étaient de mieux en mieux armés et que le Pakistan devenait une base arrière de plus en plus active.

Conclusion de tout ceci ? Alors même que le gouvernement afghan, n’en finissant plus de compter ses morts dus aux « bavures » américaines, réclame une redéfinition de l’engagement occidental, nos ministres ont estimé qu’il faut continuer et intensifier la politique actuelle…

En sortant de la Commission, bon nombre de mes collègues, de droite comme de gauche, étaient atterrés. L’un d’eux, dans l’ascenseur, me disait : « J’ai entendu mot pour mot le même discours qu’au moment de la guerre d’Algérie ». Un autre me confiait : « Nous ne sommes maître de rien puisque ce sont les Américains qui décident des opérations, avec notamment les fameux bombardements à l’aveugle, qui font chaque jour basculer un peu plus de civils dans le camp adverse ».

En vérité, la France est prise au piège de l’atlantisme du président de la République, lequel donne tête baissée dans une « guerre au terrorisme » qualifiée aujourd’hui même de « vide de sens » par Dominique de VILLEPIN. La légèreté avec laquelle il a pris la décision d’envoyer des troupes supplémentaires, pour des motifs purement politiques quelles qu’en soient les conséquences, l’absence totale de stratégie de ses ministres, augurent très mal de la suite.

Plus que jamais, j’invite tous les responsables de Debout la République à faire entendre notre voix pour dénoncer cette aventure et réclamer, comme je l’ai indiqué dans ma tribune du Monde :
  • 1) soit une révision totale de la stratégie alliée
  • 2) soit un retrait progressif de nos troupes.

Il ne s’agit pas bien évidemment d’abandonner l’Afghanistan à son sort. Le principe d’une intervention internationale pour reconstruire le pays et empêcher le retour des talibans, telle qu’elle a été définie en 2001, reste valable. Mais, bien entendu, si et seulement si l’action de la communauté internationale mène bel et bien à la pacification, non pas au triomphe des intégristes !

La France doit conditionner sa contribution à une action efficace sur le terrain. C’est quand même la moindre des choses quand on engage la vie de nos soldats.

Ps : j’ai appris comme vous tous par le Canard Enchaîné de ce matin que la version officielle des événements qu’a relaté le gouvernement et encore hier deux de ses ministres devant les députés, serait en réalité fausse ! Quatre de nos soldats, faits prisonniers au début de l’engagement auraient été exécutés, des imprudences graves auraient été commises, nos moyens aéroportés auraient été distraits de la sécurisation de la colonne pour assurer la protection du président afghan et le défaut d’équipement, comme de préparation, de nos soldats serait bien plus graves que ce qu’en a dit le ministre de la Défense. Si tout cela est vrai, comme le laisseraient penser les atermoiements du porte-parole du gouvernement qui a refusé de commenter ces informations, la décence commanderait au minimum que le ministre de la Défense démissionne sur le champ !