Les raisons pour lesquelles, comme par hasard, les Députés non-inscrits ont été privés du petit temps de parole dont ils disposent habituellement pour chaque débat, n’en sont que plus limpides et flagrantes : il ne faut surtout pas dire les choses telles qu’elles sont !

Comment en effet accepter cette gigantesque manipulation des esprits qui voudraient faire croire aux parlementaires comme à l’opinion, que nous sommes aujourd’hui engagés dans une croisade efficace contre le terrorisme mondial en envoyant nos soldats dans un combat meurtrier et de l’aveu de beaucoup perdu d’avance à cause de la stratégie erronée de l’OTAN ?

Autant j’étais favorable à la présence française en 2001 pour chasser les talibans du pouvoir, autant aujourd’hui je refuse la décision du Président de la République de renforcer nos troupes dans ce qui apparaît comme une escalade militaire conduisant tout droit à l’impasse et à l’échec.

Le discours du Premier Ministre était d’ailleurs en demi teinte puisqu’il a reconnu que les bombardements aériens de l’OTAN faisaient basculer toujours plus d’Afghans du côté d’une insurrection dominée par les talibans, sans compter bien évidemment l’emprise des trafiquants de drogue sur le pays.

En vérité, les Français comprennent bien que le gouvernement leur raconte des histoires. Car s’il faut bien sûr lutter contre le terrorisme, attaquons-nous donc à ses causes réelles et ne faisons pas semblant de combattre ses effets, au risque de les alimenter. Car non seulement la stratégie est mauvaise mais de surcroît les alliés sont incapables d’y mettre les moyens nécessaires.

Les Russes ont du abandonner l’Afghanistan après y avoir engagé plus de 150 000 hommes alors que la force internationale d’aujourd’hui n’en réunit que 50 000, de plus de 40 nationalités.

S’attaquer aux causes du terrorisme c’est bien évidemment revoir la stratégie de l’OTAN sur place comme l’a d’ailleurs demandé l’ONU en confortant l’armée afghane. C’est ensuite privilégier dans la mesure du possible la reconstruction économique du pays en s’attaquant vraiment aux puissances de la drogue. C’est enfin privilégier une approche politique en liaison avec les pays riverains, notamment le Pakistan, pour couper les Talibans de leurs bases arrière dans les zones tribales.

D’une manière générale ce débat dévoile la difficulté de faire vivre dans notre pays une démocratie adulte fondée sur des informations fiables. Après les cruelles guerres coloniales de la IVème République, on aurait pu croire pourtant que des erreurs et des tentatives de manipulation aussi grossières appartenaient au passé révolu de la classe politique française !

Malheureusement pour nos troupes sur place, dont il faut saluer le courage et l’abnégation, la terrible réalité de l’histoire toujours en marche risque de rattraper très vite les fables politiciennes de cet après-midi.