En effet, nous avons profité du déplacement pour aller, comme chaque fois, à la rencontre des Français. Hier, nous avons été reçus le matin par les syndicats de La Poste. Je soutiens en effet leur mobilisation contre la privatisation. De réforme en réforme, ni concertée ni réfléchie, on a laissé détricoter ce service public.

J’ai débattu avec des agents désabusés qui ne savent pas où on les mène. Ils savent que des réformes doivent être menées mais ils en ont assez, comme d’ailleurs les élus locaux, qu’on les prenne pour des imbéciles. Fermeture de bureau, rotation accélérée des directeurs, mépris pour les services aux particuliers, volonté de la Banque postale de se débarrasser des clients modestes qui n’ont que La Poste pour ouvrir un compte. La Poste a même inventé la FTV (force de travail variable). On a créé ainsi un sous-prolétariat. La liste est longue des dérives.

Tout cela au nom de la sacrosainte ouverture à la concurrence voulue par la Commission européenne et à laquelle la France n’a pas su, ou voulu, résister. Car c’est notre pays, celui à la densité démographique la plus faible d’Europe, le plus vaste, qui devra soit voir disparaître un service public, soit en faire financer les activités les plus déficitaires par l’Etat. En renonçant au monopole sans imposer de drastiques conditions d’exploitation aux opérateurs privés, on renonce en effet à la péréquation financière. On renoue avec une époque médiévale, où les grands féodaux imposaient leur fait et où l’Etat royal, trop faible ou trop veule pour redresser les injustices, se contentait de les regarder les bras ballants. Quand comprendra-t-on, comme pour le gaz, l’électricité, voire l’eau, que le monopole coûte moins cher à la collectivité que cette concurrence délétère ?

L’après-midi nous avons rencontré les syndicats de l’usine Amora de Dijon qui sera prochainement fermée. Là aussi la même incompréhension des syndicalistes modérés qui savent que leur usine n’a jamais gagné autant d’argent. Mais depuis le rachat d’Amora par Unilever, le groupe est vendu par appartement et la rentabilité maximum est recherchée. Une obsession de court terme quitte à réduire la qualité des denrées, l’effort de recherche et même la publicité.

Les syndicalistes désabusés me disaient : « pourtant on était fier de notre boulot ». « On a tout accepté : les 3/8, l’effort de productivité, etc… Mais ce n’était jamais assez et puis on nous a fait comprendre qu’il fallait réduire les postes, les fonds de pension, exigeant une rentabilité toujours plus forte… » Une rentabilité sans fin, jusqu’à attrition terminale. Ce capitalisme, pareil aux essaims de criquets qui dévastent des régions entières avant de passer aux suivantes doit être fortement encadré. C’est une nécessité publique !