Comment en effet le président de la République a-t-il pu oser reconnaître la brutalité de la crise (avec tout de même six mois de retard) et dans le même temps ne proposer aux Français que des pansements plus ou moins virtuels ?

Cela fait peur de voir la plus haute autorité de l’Etat manquer à ce point de cohérence intellectuelle comme si le sentiment de toute-puissance lié à l’exercice de sa fonction et à la docilité - pour ne pas dire l’obséquiosité - de certains de ses intervieweurs, le conduisaient à ne plus réfléchir, à s’affranchir de la réalité au risque de l’aveuglement.

Car, qu’a proposé le Président ? - une vague concertation sociale, dont le résultat pourrait tarder plusieurs mois, et qui semble n’être là que pour gagner du temps et éviter la coalition des mécontentements ; - la suppression de la taxe professionnelle qui ne peut aboutir qu’à imposer davantage les classes moyennes en compensation des 8 milliards d’euros désormais épargnés aux entreprises, ce qui est colossal alors même que le Président a larmoyé durant toute l’émission sur la souffrance et le ras le bol (ô combien réels !) de ces mêmes classes moyennes. En bon libéral, Nicolas Sarkozy n’aurait donc pas lu Alexis de Tocqueville, qui a souligné combien le discours compassionnel des classes dirigeantes de l’Ancien régime, en l’absence de réformes pour corriger les criantes injustices, avait pesé dans le déclenchement de la Révolution ?

En revanche, aucune décision de la France pour s’attaquer, au-delà des bonnes intentions d’usage en prévision du G20, aux vraies causes de la crise : le déséquilibre commercial qui impose un protectionnisme européen à tout le moins, la surévaluation de l’euro qui asphyxie nos entreprises à l’extérieur et les dissuade encore plus d’investir à l’intérieur, une ambition insuffisante dans la mobilisation du pays autour de vrais grands projets novateurs.

Alors, certes, les observateurs complaisants pourront toujours dire que l’artiste a fait un sacré numéro, mais ce n’est pas ce numéro qui va nourrir les Français, protéger leur emploi, ni guérir le pays.

En définitive, le seul accent de sincérité de cette émission aura été son apitoiement sur lui-même… A y réfléchir, il est fatal que l’on s’aperçoive rapidement, avec tristesse et inquiétude, que le Roi est nu.