A côté d’Avignon, nous avons visité à l’aube le marché d’intérêt national des fruits et des légumes de Chateaurenard. J’ai rencontré des producteurs qui vivent tous les jours les aberrations de l’Union européenne d’aujourd’hui.

La problématique est simple. On la retrouve dans la plupart des secteurs d’activités français. Ils affrontent une libre concurrence toujours plus sauvage voulue et imposée par la Commission mais subissent les charges et les réglementations les plus lourdes auxquelles leurs concurrents échappent largement. Le résultat ne s’est pas fait attendre dans ce secteur géographique, autrefois verger de la France, les exploitations familiales ferment les unes après les autres. Les producteurs ne rejettent pas le libre échange mais ils refusent son caractère déloyal qui les asphyxie.

Un exemple : les normes sanitaires (résidus de pesticides autorisés) ne sont pas respectés ni en Espagne ni en Italie. Personne ne contrôle vraiment les produits importés à leur arrivée sur le marché français, alors que les producteurs français sont contrôlés par une administration des fraudes très rigoureuse et c’est tant mieux.

Pire, à mesure que l’Union européenne s’élargit, la Commission de Bruxelles réduit le niveau des normes pour que les nouveaux pays entrants puissent écouler leur production. Cette déréglementation totale s’applique même désormais à des pays extérieurs à l’Union européenne comme l’Egypte, qui traite encore ses champs avec des produits cancérigènes dangereux et depuis longtemps interdits en France.

Si l’on ajoute les coûts de main d’œuvre supérieurs en France par rapport à l’Espagne et l’Italie (12,5 euros de l’heure environ pour un ouvrier agricole français contre 8,90 euros en Espagne sans parler du travail au noir généralisé dans le sud de l’Italie), on comprend pourquoi, dès que la belle saison arrive, les cours s’effondrent et nos producteurs nationaux sont obligés de vendre à perte leurs produits.

Les centrales d’achat des grandes surfaces achètent en effet les produits les moins chers sans trop se soucier de la qualité. Pire, les salades de Provence, par exemple, sont mises en tête de gondole pour appâter le client et celles importées à bas prix sont placées quasiment au même prix de vente derrière trompant ainsi le consommateur. Là non plus, aucun vrai contrôle.

Le ministère de l’Agriculture, de son côté, est aux abonnés absents, estimant qu’il faut accepter la loi de la concurrence, plutôt la loi de la jungle !

Des solutions existent pourtant pour rendre loyaux les échanges : - contrôle des produits par sondage dans les différents magasins, - regroupement des producteurs face aux centrales d’achat, - interdiction à la consommation des produits dangereux.

Le comble d’ailleurs c’est que certains producteurs que j’ai rencontrés ce matin survivent grâce à des contrats avec des acheteurs suisses ou norvégiens, pays extérieurs à l’Union européenne, qui, pour cette raison, ont pu organiser leur marché et effectuer des contrôles sanitaires. Dans ces deux pays, la libre concurrence ne l’emporte pas sur la santé du consommateur.

On le voit bien avec cet exemple concret du marché de la salade, l’Union européenne marche sur la tête. L’idéologie ultralibérale a tout emporté. Notre pays perd sa substance, la preuve : les enfants des exploitants que j’ai rencontrés ne veulent surtout pas reprendre l’exploitation familiale, car ils ont compris qu’ils ne peuvent même pas, dans ce système fou, faire valoir les atouts de la qualité française, le haut de gamme, la sûreté sanitaire…

Nous en reparlerons sans doute demain, cette fois-ci avec les pêcheurs du Pas de Calais.