A juste titre, le changement de statut de la Poste ne peut qu’inquiéter. La transformation en société anonyme ouvre en effet la porte à une privatisation partielle conduisant à la réduction des obligations de service public (réduction qui a déjà été amorcée d’ailleurs, comme en témoigne les files d’attente dans les bureaux de poste et la dégradation des services aux particuliers).

Le Président de la République s’est engagé solennellement à laisser 100% du capital à l’Etat mais comment les syndicats pourraient-ils y croire après les précédents de France Télécom et GDF, où Nicolas Sarkozy, alors Ministre des Finances, avait promis la main sur le cœur que jamais l’Etat ne laisserait s’engager une privatisation, avant de se dédire sans plus d’explication ?

Mais au-delà de ce débat, la vraie question concerne la libéralisation du marché postal acceptée par le gouvernement à Bruxelles. Car, comment demander à la Poste, publique ou non, d’assurer le service public à partir du moment où l’on accepte une libre concurrence mettant fin au monopole qui, lui seul, permet que les activités les plus rentables servent à financer celles qui sont déficitaires – les entreprises payant pour les particuliers, les zones urbaines pour les zones rurales, etc.

Par idéologie, la Commission de Bruxelles a cru ou fait croire que la libéralisation de certains secteurs allait faire baisser les coûts. Or, c’est l’inverse qui s’est parfois produit, par exemple pour l’électricité et le gaz. Gardons en effet en tête que le principal objectif de la libéralisation sauvage voulue par Bruxelles est l’arasement des Etats-nations par l’économie, l’uniformisation des sociétés d’Europe par la course au moins-disant économique et social. De même, l’objectif prioritaire de l’euro n’a jamais été le bien-être des Européens, la croissance et l’emploi, mais la création d’un outil technique dont la gestion commune doit forcer les Etats membres à basculer dans la supranationalité politique - une intégration politique par nécessité d’intégration monétaire en quelque sorte.

Certains groupes privés et leurs actionnaires profitent des niches de profit et délaissent les services moins ou non rentables. Il en sera de même de la Poste et, en fin de compte, soit le service public s’effritera, soit le contribuable paiera !

C’est pourquoi, au lieu de se polariser sur la question du caractère public de l’entreprise, il est vital de remettre en cause la politique de déréglementation de l’Union européenne, fondée sur l’ouverture à la concurrence à tout prix. Celle-ci n’est pas partout nécessaire ni souhaitable, comme l’illustre d’ailleurs l’exemple indiscutable de l’US mail, entreprise à 100% publique.

Bien évidemment, les principaux partis politiques ne veulent pas aborder cette question car au fond, du PS à l’UMP, en passant par le MODEM ou les Verts, ils ne remettent pas en cause la libéralisation des marchés ni la règle de la majorité qualifiée qui a mis en minorité au Conseil européen les partisans du service public à la française.

Aux élections européennes nous serons les seuls probablement à oser aborder ce point. Chaque pays doit pouvoir en effet choisir son mode d’organisation du service public !