La palinodie présidentielle sur les avantages des grands patrons ne les trompe pas. La multiplication des discours sur la moralisation du capitalisme et, en parallèle, la poursuite de politiques de dérégulation sur le terrain détruisent la crédibilité gouvernementale.

Dans le domaine agricole par exemple, il est stupéfiant de voir l’Union européenne, avec l’accord des ministres, détricoter étape par étape la PAC. Ainsi la disparition des quotas laitiers va entraîner une désorganisation profonde de l’élevage en France.

Nos compatriotes ne comprennent pas davantage pourquoi le PS comme l’UMP ne remettent pas en cause la politique suicidaire de déréglementation des services publics de l’électricité ou de la Poste. Ainsi la Commission « Champsaur » est en train d’étudier la disparition des tarifs réglementés pour les entreprises ce qui renchérira encore leurs coûts. En attendant bien sûr leur abrogation généralisée, y compris au détriment des particuliers, que la Commission de Bruxelles prépare dans l’ombre et qu’elle imposera sans coup férir une fois que s’éloigneront les élections européennes…

Enfin et surtout, lorsque l’on rencontre les chefs d’entreprises, on comprend bien que les fermetures d’usines sont d’abord liées à la concurrence déloyale des pays émergents et que la crise des liquidités bancaires, que le gouvernement laisse de manière irresponsable se perpétuer malgré toutes ses martiales dénégations, ne fait que démultiplier leurs difficultés…

Là aussi nos compatriotes ont bien compris que rien n’était sérieusement fait pour les défendre. Je garderai longtemps en mémoire le visage de cette femme ouvrière d’une usine automobile dans le Nord qui me disait : « Nous on aime notre usine comme on aime notre pays, eux ils n’en ont rien à foutre » ! D’ailleurs un de ses collègues ajoutait : « On a même plus le droit de fêter par un pot dans les locaux de l’usine les départs à la retraite ! Tout est aseptisé, le directeur quand il nous croise ne nous dit pas bonjour ! On est devenu des pions ».

Dans toutes les usines que j’ai visitées, le même constat : « Nos dirigeants ne croient plus en nous. Ils ont démissionné. » Tragique divorce qui ne peut que se retourner contre le dynamisme de l’économie qu’il était censé servir, et que nos dirigeants successifs, -premiers responsables de cette dérive on l’oublie trop souvent - se sont contentés d’accompagner, lorsqu’ils ne l’encourageaient pas, plus ou moins discrètement…

Voilà pourquoi rien ne pourra se faire sans mettre en œuvre une nouvelle politique économique avec, comme au football, une défense (un protectionnisme européen) et une attaque (des investissements massifs dans les nouvelles technologies). Mais surtout, il faudra réapprendre à jouer collectif avec la participation, une régulation accrue pour assurer un minimum de justice sociale, la libération effective de nos forces vives trop souvent étouffées par de puissants oligopoles – bancaires et autres…

Quand on croise tous ces regards, quand on entend toute cette souffrance, on se dit qu’il est impératif de bâtir une alternative politique. Vite, vite, car cela ne tiendra plus longtemps…