Le mérite, ensuite, de mettre les dirigeants des principales puissances si complaisants à l’égard des gros intérêts financiers sous la pression d’une opinion mondiale qui se dresse ouvertement contre les privilèges exorbitants de l’élite financière, des privilèges devenus proprement intolérables à l’heure où le carnage économique et industriel, causé par l’irresponsabilité de cette élite, inflige d’injustes souffrances aux peuples. La question n’est plus : faut-il réguler l’économie mondiale, mais comment ?

C’est une question que je pose depuis plusieurs années, avec quelques autres. Par exemple lors d’un colloque que j’avais organisé sur ce sujet dans l’indifférence générale en 2006 à l’Assemblée Nationale. A l’époque on nous prenait pour des rétrogrades ne comprenant rien au potentiel de l’ingénierie financière !

Pour autant, il serait vain de croire le G20 capable, en un sommet, de dompter l’anarchie ultralibérale. La question monétaire n’est même pas à l’ordre du jour du sommet. Or, il s’agit du point central de la désorganisation de nos économies.

La Chine et les Etats-Unis se tiennent chacun par la barbichette, les Américains subissant un déficit commercial gigantesque et les Chinois étant prisonniers de réserves en dollars qui valent de moins en moins. L’Europe, de son côté, laissant se réévaluer l’euro est la grande perdante de la dévaluation concomitante du dollar et du yuan.

Cette anarchie monétaire se double bien sûr de l’anarchie commerciale qui est aussi la grande absente du sommet. Cette question du libre échange est encore plus taboue que la précédente puisque les chefs d’Etats s’accrochent encore au mythe d’une ouverture absolue des frontières.

Une ouverture entre zones aux conditions sociales et environnementales si différentes, qu’elle produit bien évidemment des déséquilibres commerciaux croissants et un nivellement social par le bas.

On peut comprendre que les dirigeants des multinationales qui abusent d’un nouvel esclavage s’en satisfassent, on comprend moins que les chefs d’Etats refusent à ce point une nouvelle organisation du commerce par grandes zones régionales de libre échange avec, entre elles, des écluses sociales et environnementales comme l’a toujours recommandé Maurice Allais, notre prix Nobel d’économie.

Il reste alors sur la table du G20 uniquement la régulation financière et la coordination des politiques de relance. Là aussi on peut craindre la bonne volonté à géométrie variable des dirigeants. Londres étant à elle seule le 1er paradis fiscal mondial, on comprend aisément la boutade de Jacques Attali sur ce sommet : « une rencontre des alcooliques anonymes dans un bar à vins » !

Il reste qu’un vrai combat est amorcé à Londres et que notre rôle, d’hommes politiques et de mouvement politique, est inlassablement de proposer des solutions concrètes pour garantir transparence, régulation et relance.

Je ne reviendrai pas dans ce billet sur mes propositions du 1er octobre dernier, mais d’ores et déjà concentrons-nous sur : - l’encadrement des paradis fiscaux et des hedge funds, - l’effacement progressif de la dette des pays pauvres, somme dérisoire par rapport aux fonds versés aux banques, - une nouvelle OMC pour permettre les fameuses écluses et la taxe carbone, - un nouveau « Bretton Woods » permettant même la naissance d’une monnaie mondiale.

Mais au-delà des objectifs que beaucoup partagent, il importe de se concentrer sur les moyens de les atteindre. Seule une pression de l’opinion peut faire bouger les choses. Une pression qui repose sur deux jambes.

Celle du citoyen bien sûr grâce aux élections. C’est le sens de la rupture de Debout la République avec une UMP totalement sclérosée sur ces questions. C’est le sens de notre candidature aux élections européennes. N’oublions pas que le parti de Lula au Brésil a commencé à 2%...

Mais il y a une autre jambe qui n’est pas assez utilisée aujourd’hui, c’est le pouvoir du consommateur. Par exemple, pourquoi les Français ne boycotteraient-ils pas les agences des groupes bancaires qui n’affichent pas dans la transparence les rémunérations de leurs dirigeants et qui ne mettent pas fin aux avantages exorbitants comme les parachutes dorés ou les retraites inadmissibles ? Si déjà des centaines de milliers de Français déplacent leur compte bancaire dans le réseau postal banque publique, très vite les actionnaires remettraient de l’ordre dans les Conseils d’Administration !

C’est bien là l’enseignement paradoxal à tirer du G20 : non, ne nous pouvons pas nous en remettre uniquement à des dirigeants dont la volonté politique à changer réellement les choses est inversement proportionnelle à leur agilité à se cacher derrière quelques boucs émissaires. Il n’y aura pas de sortie de crise ni d’avenir meilleur si chacun n’est pas prêt à se battre.