Après les promesses non tenues du Président de la République qui était venu, souvenons nous en, sur place dire aux ouvriers « comme voyage de noces on fait mieux, je suis là car je ne vous oublierai jamais », on comprend leur écœurement. Toute parole publique est décrédibilisée car même le chef de l’Etat s’est révélé impuissant face au roi de l’acier Mr Mittal.

Quand on étudie le dossier, on est d’autant plus scandalisé que la filière sidérurgique de Lorraine est l’une des plus performante au monde pour les aciers les plus élaborés. En vérité, comme je l’avais dit dans l’indifférence générale à l’époque de l’OPA de Mittal sur Arcelor, la France, par naïveté, a laissé Mittal s’emparer d’une société renflouée avec les fonds publics qui bénéficiait de savoir-faire inégalés. Mittal a pillé ces savoir-faire et maintenant jette comme un kleenex les sites et les hommes qui les mettent en œuvre.

A l’époque, quand je demandais le blocage de l’OPA, le gouvernement m’expliquait que l’on ne pouvait rien faire car l’Union européenne nous aurait accusés de patriotisme économique excessif et nous aurions été condamnés par la Cour de Justice.

On entendait aussi à Bruxelles des commissaires expliquer que l’UE « n’a pas besoin de champions nationaux ni de champions européens, mais de groupes mondiaux présents en Europe » ! Nous avons sous les yeux le sens concret de ce que signifient ces politiques criminelles.

Le cas Mittal en est, à cet égard, emblématique : la multinationale indienne, après avoir fait main basse sur notre recherche / développement sidérurgique et tué un concurrent de taille, sacrifie les sites européens pour se redéployer vers d’autres contrées ou vers d’autres secteurs d’activités plus rentables.

L’Allemagne a été moins naïve en protégeant son industrie sidérurgique car elle avait compris que sa filière automobile a besoin de producteurs d’acier allemands.

Si le gouvernement laisse fermer définitivement les hauts-fourneaux de Florange, ce sont les 10 000 emplois de la filière en Lorraine qui disparaîtront à brève échéance. Ce serait criminel pour ce bassin industriel déjà exsangue d’emplois et qui ne pourra pas éternellement compter sur ceux qui sont offerts à Luxembourg, crise financière oblige.

Raison de plus pour défendre une autre politique industrielle à la fois nationale et européenne : - un protectionnisme raisonnable aux frontières de l’Europe, - des investissements massifs dans les filières de haute technologie, - un contrôle des OPA et la création de champions nationaux ou européens.

L’effort à fournir est considérable mais la France en est capable. Encore faut-il que ses dirigeants en aient la volonté ! Si Christine Lagarde s’était elle aussi rendue ce matin à Florange, elle aurait pu se rendre compte de la réalité de la situation… et au moins secouer son Cabinet ministériel pour qu’il réponde à une lettre envoyée par les élus locaux de Florange, restée sans réponse depuis plus d’un mois et demi.