Deuxièmement, comment oser dans une démocratie adulte parler d’autoriser ou d’interdire des listes, comme si le Président de la République avait droit de vie ou de mort sur des candidats à une élection ?

Mr Dieudonné ne méritait pas tant de publicité. Je combats son attitude et ses idées mais je n’accepte pas que l’on puisse faire de lui un martyr. Importer dans notre pays comme il le fait le conflit israélo-palestinien n’est ni responsable du point de vue de l’éthique républicaine, ni politiquement acceptable dans la mesure où la France ne connaît pas ce conflit chez elle et n’a pas à le recréer de toutes pièces. A cet égard, les déclarations de M. Guéant, qu’il faut bien qualifier de dérapage, provoquent également le malaise, comme si le pouvoir et sa majorité acceptaient, en vue de flatter certains électeurs opposés à M. Dieudonné, de se situer sur le terrain délirant de ce dernier.

La question de la licéité du discours « antisioniste » de l’humoriste controversé ayant été posée, c’est sur ce terrain et uniquement sur celui-là qu’il faut se concentrer. De deux choses l’une : soit les discours et les professions de foi de ces listes tombent clairement sous le coup de la loi (la loi égale pour tous en République, faut-il le rappeler ?), et alors le gouvernement doit faire son travail en fonction de ce que prévoit la loi, ni plus, ni moins. Soit ce n’est pas le cas, et alors il appartient aux acteurs de la démocratie que sont les formations politiques, les médias et les observateurs de la chose publique (intellectuels, monde associatif, etc.), de mettre en garde les électeurs contre les idées et les discours qui leur paraissent jouer dangereusement avec les lignes jaunes. Et les électeurs, en adultes responsables qu’ils sont, feront le reste…

C’est par les urnes que nous devons réduire ces thèses nauséabondes et si M. Dieudonné enfreint la loi, il faut alors le poursuivre devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale.

Ces sujets sont trop graves pour laisser le Secrétaire Général de l’Elysée jouer à l’apprenti-sorcier. D’autant que ces petites polémiques, ne l’oublions pas, permettent « d’occuper », de polluer, la scène médiatique des élections européennes, permettant à la plupart des listes en course de continuer à se murer dans un déni de débat et de propositions. Sans doute pour la simple raison qu’elles n’ont pas grand-chose à gagner à débattre et à proposer, vu le bilan européen calamiteux dont elles sont souvent coresponsables…