Mais, flop ! Ces deux derniers jours ont été plutôt l’apothéose de la politique politicienne.

Au Congrès, les Français ont eu droit à un énième discours de campagne électorale qui s’est perdu dans de molles et consensuelles généralités, sans jamais donner l’impression que le sursaut tant attendu face à la crise est à l’ordre du jour. Signe qui ne trompe pas, les parlementaires de la majorité en sont ressortis la tête basse et la mine maussade, à des années lumières de l’incroyable flagornerie de certains éditoriaux…

Quant au remaniement, le même sentiment de vide pailleté l’emporte… Ce lifting communicationnel n’apporte rien, confortant les fidèles aux postes clés, notamment Brice Hortefeux à l’Intérieur, et mettant en valeur telle ou telle personnalité non pas pour ce qu’elle pourra apporter au service de la France, mais pour ce qu’elle retirera à la concurrence politique qui ose encore se dresser sur la route de Nicolas Sarkozy.

Mercier pour embêter Bayrou. Frédéric Mitterrand pour se servir du nom et affaiblir les socialistes… L’opération a d’ailleurs tourné court avant même d’avoir commencé : le virtuose de la communication people qu’est le président de la République, n’a pas dû goûter que son nouveau ministre de la Culture lui brûle la politesse en annonçant lui-même, plusieurs heures avant l’heure H, sa nomination. C’est sans doute pourquoi dès ce matin F. Mitterrand s’est confondu en excuses…

Mais en vérité, tout cela n’a pas grande importance puisque les grands ministres sont les conseillers de l’Elysée. Il s’agit tout simplement d’un nouveau jeu de rôle qui durera ce qu’il durera.

Bien plus important cette semaine, deux rapports sur la situation économique : celui de la Banque mondiale dont les prévisions ne cessent de s’assombrir (prévoyant désormais une contraction de 3% de l’économie mondiale en 2009), et celui de Philippe Séguin de la Cour des Comptes, qui met en garde les gouvernements sur la dérive des comptes publics.

Je n’ai jamais été partisan d’une rigueur bête et méchante. J’ai toujours dit qu’il fallait, en période de crise, savoir lâcher du lest pour éviter une récession cumulative, mais en revanche, il est dangereux, comme le fait le Président de la République, d’instrumentaliser la relance pour satisfaire des clientèles ou donner dans une facilité budgétaire brouillonne et inefficace.

D’une part, il est totalement mensonger de prétendre qu’aucun impôt ne sera augmenté d’ici 2012, surtout quand le gouvernement a fait des cadeaux fiscaux considérables, cadeaux qui ne s’avèrent pas très utiles (heures supplémentaires, bouclier fiscal…).

D’autre part, il est contreproductif de relancer par saupoudrage, en avantageant le bilan des banques au détriment de l’investissement des PME (la profession bancaire vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle ne remplirait pas ses promesses), et en se refusant à toucher à un cadre global – douanier et concurrentiel - qui favorise la reprise en Chine ou aux Etats-Unis. Les Français l’ignorent sûrement, mais de nombreuses prévisions s’inquiètent d’un second krak d’ici à la fin 2009, en comparaison duquel celui de l’année dernière ne serait qu’un léger avant-goût. Bien sûr, le pire n’est jamais certain et on doit espérer qu’on en arrivera pas là. Mais s’il devait se produire, le pays y serait-il vraiment préparé ?

Ainsi, toute la mauvaise comédie politicienne de cette semaine ressemble à une dangereuse fuite en avant, avec comme seul objectif la campagne présidentielle de 2012. Mais dans quel état sera le pays à ce moment-là ?