Les organisations professionnelles et les chambres d’agriculture sont à l’unisson : elles évoquent toutes un recul de 15 à 20 ans des revenus agricoles !

Voilà les fruits noirs d’une politique agricole commune (PAC) que l’Union européenne a méthodiquement sabordée et qu’elle compte définitivement enterrer d’ici à 2013. A l’appui de sa frénésie dérégulatrice, synonyme de mort programmée de toute agriculture digne de ce nom sur le continent, il y a bien sûr l’égoïsme de nombreux pays membres qui veulent jeter par-dessus bord une politique jugée à tort dispendieuse et insuffisamment bénéfique pour eux-mêmes.

Les gouvernements français successifs, de droite comme de gauche, sont les grands coupables de cette dérive mortifère. Ils l’ont laissé se développer, l’enrobant de temps à autre « d’intérêt général européen », ce pour mieux masquer en réalité la mise à mort d’intérêts français minoritaires dans une Europe supranationale sans vision ni ambition.

Car ne nous y trompons pas, la mise à mort de la PAC signe autant un échec dramatique pour notre pays, que la faillite du projet européen ambitieux et nécessaire qu’attendent les peuples. Voilà où nous mène cette « construction européenne » : on défait les pays membres en ne construisant rien d’autre qu’une zone magmatique où règnent sans partage la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée », l’ouverture à tous les vents mauvais de la mondialisation et, en conséquence, la désindustrialisation et le chômage de masse.

Quel gâchis ! Pourtant les voix n’ont pas manqué ces dernières années pour appeler au courage et à la lucidité, bref au sursaut. Pour sa part, Debout la République réclame l’instauration d’une exception agricole à l’OMC, la remise au goût du jour des fondements de la PAC (revenus garantis, barrières douanières, notamment), en complément d’une orientation résolue de nos productions vers la qualité, le bio, le refus de la malbouffe sous toutes ses formes que veulent nous faire ingurgiter les multinationales, avec la complicité de la « Commission américaine de Bruxelles » - ainsi que l’avait à juste titre baptisée un ministre français de l’Agriculture il y a quelques années.

Alors maintenant, que faut-il faire ? Se résigner, comme le font nos gouvernants, à la mort lente de l’agriculture en France ? Ce serait profondément irresponsable. Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, les agriculteurs ne sont pas une corporation résiduelle à qui des politiciens démagogues cèderaient tout par tradition, mais le socle de notre industrie agroalimentaire, l’un des plus beaux fleurons de notre économie. Ils sont aussi ceux par qui peut exister « l’arme verte », c'est-à-dire la détention de stocks alimentaires stratégiques à l’heure où la planète va connaître de plus en plus la pénurie. Enfin, ils sont l’élément de base indispensable à la vitalité des territoires et du territoire, dont nous devrions d’autant plus nous soucier de l’aménagement que Bruxelles fait tout, depuis 15 ans, pour nous en dissuader au bénéfice de logiques transfrontalières et communautaires, inutiles ou dangereuses.

Les Français doivent soutenir leurs agriculteurs et leur agriculture, qui sont un élément constitutif d’eux-mêmes, de leur pays, de leur avenir… s’ils veulent toujours en construire un !