Tout d’abord, les banques : la politique publique de sauvetage des banques vient d’atteindre un nouveau cap de l’absurde avec le remboursement anticipé par la BNP des sommes prêtées un an plus tôt par l’Etat. Personne n’a oublié l’incroyable montage financier mis en place par le gouvernement fin 2008 pour prêter massivement de l’argent public aux établissements bancaires victimes de leurs propres errements spéculatifs. Incroyable car le pouvoir avait alors renoncé à tout moyen de pression - une contrepartie pourtant des plus légitimes - en refusant d’entrer directement dans le capital des banques. On nous expliquait que la collectivité serait amplement récompensée par les intérêts faramineux versés par les emprunteurs… Résultat des courses, un an plus tard : non seulement les banques, au mépris de leurs promesses, ont drastiquement resserré l’octroi du crédit aux particuliers et aux PME - c’était pourtant la raison prioritaire avancée pour justifier leur sauvetage - mais on apprend aujourd’hui que le type de prêt choisi par l’Etat pour aider les banques ne lui permet pas de profiter de la hausse importante du cours des actions bancaires depuis un an. Envolés les « faramineux intérêts », le Député Didier Migaud estimant que l’Etat se prive ainsi de plus de 6 milliards d’euros, qui auraient été bien utiles en ces temps d’explosion des déficits publics !

Deuxième fait ubuesque : le Parisien d’aujourd’hui révèle que, pour lutter contre l’absentéisme scolaire en lycées professionnels, l’académie de Créteil a décidé de « récompenser » l’assiduité des élèves en versant aux classes jusqu’à 10 000 € en fin d’année. Ce n’est plus l’école laïque, gratuite et obligatoire, c’est l’école-casino ! Au-delà du caractère choquant de cette mesure d’expérimentation (l’école, ce n’est pas « Tournez manèges »), comment ne pas voir les effets pervers que ne va pas manquer de provoquer une telle mesure ? Va-t-il falloir désormais payer tous les élèves de France pour qu’ils aillent à l’école ? Cet argent ne serait-il pas plus utile pour recruter les enseignants et personnels d’encadrement qui manquent ? La réponse tombe sous le sens…

Enfin, j’ai comme chaque Français suivi avec horreur l’assassinat de cette jeune femme en Essonne, kidnappée et tuée par un criminel sexuel récidiviste, que les autorités avaient laissé s’installer à nouveau dans la commune de résidence de sa première victime (de 13 ans), et qui avait de surcroît bénéficié de trois ans de remise de peine – soit plus du quart de la durée totale de sa peine, prononcée en 2002. On entend le président de la République et les ténors de la majorité se scandaliser devant cette situation. Mais comment se fait-il, alors, que la loi pénitentiaire, votée il y a deux semaines, étende encore plus les peines de substitution à toutes les personnes condamnées à des peines allant jusqu’à deux ans de prison ferme ? Comment se fait-il que l’actuelle majorité, au pouvoir depuis 7 ans, n’ait pas pris à bras le corps l’un des problèmes majeurs de la justice, à savoir l’insuffisance de ses moyens (qui sont, en France, moitié moins importants par habitant qu’en Allemagne et en Grande-Bretagne) ? Comment se fait-il que l’on continue, pour les délinquants les plus dangereux, à retrancher 4 mois d’incarcération à la peine totale par année passée en prison ? Et, au lieu de nous dire que la surpopulation carcérale exige de libérer de la place dans les prisons, que l’on crée enfin les capacités nécessaires ! Pour ma part, je viens de déposer une proposition de loi visant à remettre en cause les remises de peines automatiques pour les crimes sexuels et de sang… Ce serait bien la moindre des choses !

Quand donc osera-t-on des politiques inspirées par le bon sens et l’intérêt général, plutôt que par le copinage, la facilité et le laxisme ?