Souvenez-vous : depuis plusieurs années l’exubérant Commissaire au marché intérieur, l’ultralibéral Charlie McCreevy, se faisait fort d’imposer à notre pays la dérégulation des jeux d’argent, notamment sur le net. Et depuis plusieurs années, le gouvernement français se faisait fort d’y résister, au nom de la lutte – des plus vertueuses - contre le blanchiment de l’argent du crime et l’addiction aux jeux. Beau joueur, le ministre du Budget avait fini par lâcher du lest, proposant une ouverture à la concurrence strictement encadrée et garante de l’ordre public.

Jusque là, en apparence tout au moins, tout semblait aller dans le meilleur des mondes. Mais… patatras ! La Cour européenne de justice de Luxembourg a subitement donné raison au Portugal, qui contestait la fin du monopole public sur ses jeux de hasard, anéantissant du même coup l’oukase imposé par M. McCreevy à notre pays.

Pour une fois (et cela mérite d’être noté), l’Union européenne n’imposait pas l’ouverture à la concurrence à tout crin et rendait licites, et même légitimes, tous les arguments qui étaient opposés à la libéralisation par nos gouvernants depuis tant d’années. En toute logique, ce projet néfaste aurait donc dû être retiré et la victoire arrachée à la Cour européenne, célébrée… Et bien non !

Non, au contraire, le gouvernement hâte maintenant l’adoption de cette réforme, ne la justifiant plus par la contrainte européenne mais par la nécessité d’encadrer les pratiques sur internet qu’il ne serait pas en mesure de contrecarrer. Quel étonnant revirement, quel étrange argument : car lorsque les autorités françaises s’opposaient à l’offre sauvage de jeux en ligne par des opérateurs étrangers, elles trouvaient toujours le moyen de les dissuader d’agir en toute illégalité, bref elles démontraient qu’elles pouvaient parfaitement se faire respecter lorsqu’elles en avaient la volonté.

Il faut donc conclure que le gouvernement français, malgré ses dénégations et ses cris d’orfraie poussés au nom de l’intérêt général, n’a jamais réellement eu l’intention de s’opposer à la libéralisation des jeux d’argent dans notre pays. Pourquoi ?

Le quotidien Le Monde suggère une réponse qui fait froid dans le dos : en réalité, il s’agirait tout simplement de laisser se développer le marché des jeux en ligne, un marché particulièrement juteux, pour permettre aux amis de l’Elysée d’en profiter allègrement. Oui, note le quotidien du soir, la plupart des invités du Fouquet’s au soir de la victoire présidentielle, se sont effectivement positionnés sur ce créneau et s’impatientent de l’adoption de la réforme pour pouvoir amasser de nouveaux ponts d’or. Ils s’impatientent tellement d’ailleurs, que plusieurs médias leur appartenant relaient déjà, en toute illégalité, des campagnes publicitaires pour faire la promotion des sites concernés.

Alors bien sûr, la Française des jeux et le PMU vont essuyer un manque à gagner gigantesque alors qu’une grande partie de leur bénéfice est reversée à l’Etat. Bien sûr, l’encadrement prévu par la réforme ne paraît pas si solide qu’il empêcherait efficacement les dérives liées à la fin du monopole (blanchiment, addiction en augmentation, conflits d’intérêts entre activités de paris et compétitions sportives,…). Mais qu’on se rassure, cette libéralisation à poche percée pour la collectivité ne le sera pas pour tout le monde, elle fera au passage quelques heureux qui, par ces temps de crise, en avaient semble-t-il bien besoin…

J’ai comme beaucoup d’autres été choqué par l’idée de M. Hirsch de créer une « cagnotte » pour renforcer l’assiduité des élèves en lycées professionnels, dénonçant une « école-casino ». Mais finalement, peut-être cette mesure n’est-elle que le « volet scolaire » de cette effrayante politique de l’argent-roi…