C’est tout d’abord le cas de l’internet que, à défaut de pouvoir dompter à leur profit, certaines élites cherchent à discréditer. Intellectuels, mandarins des médias et politiciens du pouvoir se relaient ainsi depuis quelques semaines pour vilipender ce que Jacques Séguéla en personne a qualifié de « plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes ». Visiblement, le net dérange puisqu’il empêche que soient occultés certains faits sur lesquels les élites pouvaient jusqu’à présent s’exonérer de rendre des comptes grâce à un silence médiatique des plus sélectifs. Mais patatras ! Avec le net, plus possible pour les puissants de se cacher, plus possible d’étouffer l’indignation générale soulevée, qui par une affaire de désignation à la tête de l’EPAD, qui de tel ou tel propos du ministre de l’Intérieur aux universités d’été de l’UMP… Puisque le net dérange, on l’accuse de tout. Combat réactionnaire, combat rétrograde me direz-vous, et vous aurez raison. Mais le plus grave est que ces accusations qui sont portées contre ce formidable média renouvelant le concept de 4ème pouvoir, ressemblent fort à une mise à l’index précédant une mise au pas. Il faut donc rester vigilant face à la tentation de certains, par exemple à l’UMP qui s’est jumelée il y a quelques jours avec le parti communiste chinois, d’instaurer en France un internet à la chinoise…

Deuxième exemple, l’instauration du scrutin à un tour pour l’élection des futurs conseillers territoriaux devant remplacer les conseillers généraux et régionaux. Ce changement du mode de scrutin vise en réalité à imposer l’émergence d’une vie politique bipartisane où l’UMP, structurellement privée de réserves de voix de second tour, pourrait conserver son emprise sur la démocratie en… supprimant le second tour ! Non seulement cette manipulation électorale indigne de la République lui permettrait d’exercer une mainmise sur les collectivités locales qui aujourd’hui lui échappent, mais surtout elle ne serait que l’avant-goût de son extension aux élections législatives, dont seraient alors définitivement évincés les candidats indépendants, et où le choix se limiterait strictement à l’UMP et à son alter-ego à sa gauche, le PS ! Encore une fois, on cherche ainsi à bâillonner toute dissidence aux gros intérêts établis, au risque de tuer la démocratie ! C’est bien pourquoi il est essentiel de remettre sur les rails la réforme des collectivités territoriales et c’est bel et bien dans ce but qu’a été créée l’ANCELI, dont j’invite chacun à consulter le document grand public lancé la semaine dernière : http://www.anceli.fr/la-reforme-decryptee.html

Enfin, dernier exemple, l’attitude particulièrement inquiétante du gouvernement envers les associations de consommateurs et leurs propositions de bon sens, très soutenues par les Français mais bizarrement laissées au fond du tiroir par Christine Lagarde. Pour quelle raison impérieuse souhaite-t-on brusquement à Bercy imposer une amélioration de la représentativité de ces associations, au travers d’une réforme qui ressemble fort à une mise au pas et est d’ailleurs dénoncée comme telle par ces dernières ? Pourquoi ne pas suivre leurs recommandations ou préconisations sur la défense des consommateurs face au surpuissant secteur bancaire, aux opérateurs de crédit-revolving rapaces, à tous les oligopoles qui usent et abusent de leur pouvoir dans un contexte de libéralisation où, curieusement, l’Etat « libère » l’économie mais sans jamais se doter des moyens de contrôle afférents, comme s’il voulait rétablir une société de jungle dominée par quelque grands féodaux ? Pourquoi enfin refuse-t-il de créer la procédure « d’action de groupe », qu’il serait pourtant facile d’entourer de saines précautions pour éviter de tomber dans les abus que connaissent, par exemple, les Etats-Unis ? Les atermoiements de la ministre de l’Economie, systématiquement en phase avec les oukases du MEDEF, ne laissent là encore pas de doute : le gouvernement s’évertue à protéger les puissants et à désarmer un peu plus face à eux les gens ordinaires, ce qui est bien entendu tout le contraire du devoir élémentaire d’une vraie démocratie.

Les contre-pouvoirs, politiques ou économiques, sont la garantie d’une bonne respiration démocratique, surtout dans une société où prospère la mode du tout-libéral, c'est-à-dire le règne de l’argent-roi et l’abus de position dominante permanente des puissants. En leur mettant des bâtons dans les roues, les clans au pouvoir montrent une fois de plus qu’ils n’entendent pas livrer un combat loyal pour s’y maintenir. C’est bien pourquoi, en ce début du XXIème siècle, la vigilance républicaine doit être plus grande que jamais…