L’histoire, ce jour-là, a donné raison à toutes celles et tous ceux qui, pendant des années, avaient lutté contre la dictature. Leur action paraissait vaine, leur isolement semblait définitif… Pourtant, leur résistance patiente et bien souvent silencieuse a ouvert des fissures dans le Rideau de fer, où se sont brusquement engouffrés les peuples au moment de la « glasnost » gorbatchévienne. On a alors beaucoup glosé sur la victoire de l’Ouest sur l’Est, ce qui n’était que partiellement exact : l’implosion du bloc soviétique, plus que la perfection supposée du marché occidental, a d’abord consacré l’épuisement historique d’un système communiste inefficace et contraignant, qui ne croyait d’ailleurs plus en lui-même depuis belle lurette. On ne doit pas oublier, au passage, la grande sagesse de la Russie qui a accepté pacifiquement son reflux d’Europe centrale.

Cependant cet échec du communisme a été vécu comme la victoire totale de l’Occident et du libéralisme, ce qui a produit des effets pervers. L’ultra-capitalisme s’est développé sur les décombres du communisme sans aucun contrepoids. Se croyant invincible, il est allé trop loin.

L’Europe, quant à elle, a cru que d’un coup de baguette magique, il était facile d’absorber les pays de l’Europe Centrale et de l’Est sans vraiment s’en donner les moyens. Pire, incroyable paradoxe, elle n’a pas voulu voir que ce nouveau « Printemps des peuples » démontrait la force et le renouveau d’un sentiment national désormais apaisé, donnant brusquement raison au général de Gaulle qui avait prophétisé vingt ans plus tôt, dans le scepticisme et le sarcasme généralisés : « la Russie boira le communisme comme le buvard l'encre. » Ainsi, la future Union Européenne s’est alors engagée, à marche forcée et à contre-courant de l’histoire, dans une usine à gaz idéologique et bureaucratique, « post-nationale », qui à plusieurs égards n’a pas grand-chose à envier à l’esprit du Politburo…



Parallèlement à l’émergence d’un tout-marché qui se moque de la démocratie comme des frontières, s’est développée une construction européenne étouffante pour des peuples qui ne demandaient qu’à vivre leur vie. Un nouveau Mur, celui de l’argent et d’une bureaucratie antidémocratique, a ainsi pris la relève du Rideau de fer ! Seule l’Allemagne y a vraiment tiré son épingle du jeu, sachant utiliser à bon escient un cadre supranational qui lui est familier. La force de son sentiment national, l’importance des transferts financiers entre l’Ouest et l’Est, sa volonté de privilégier toujours son propre intérêt, lui ont permis de retrouver sa puissance d’antan et lui ont donné un rôle clé dans l’Europe.

La France, de son côté, navigue à vue, se berçant d’illusions sur une Europe qui n’est rien d’autre pour elle qu’un mythe de substitution au projet national et républicain que ses gouvernants abandonnent, l’alibi de sa paresse et de son renoncement. Et dire que l’Elysée tient à organiser des débats sur « l’identité nationale »…

Bien évidemment, la globalisation impose des politiques européennes dans certains cas, multilatérales dans d’autres, dépassant ainsi parfois, lorsque c’est nécessaire, le seul cadre national. Toute la question est de savoir articuler correctement entre eux ces trois échelons pour éviter une nouvelle jungle qui broie les hommes.

Une génération pour constater l’impasse du modèle ultralibéral et supranational hérité de la chute du Mur ! Gageons qu’il en faudra une supplémentaire pour réinventer ce modèle national intelligemment coordonné avec l’Europe et le monde, un modèle apaisé, solidaire et pacifique, où la liberté de chacun servira la liberté de tous. A nous, gaullistes, d’imaginer la France et l’Europe dans 20 ans…