Selon ces textes, nous dit le quotidien Le Monde, ladite hausse devrait s’élever à 3,7%, mais les Etats membres qui sont les payeurs, ne l’entendent pas de cette oreille : ils souhaitent une augmentation moindre, d’un peu moins de 2%, crise oblige bien sûr.

Leur argument n’est pas d’ailleurs pas dénué de logique : alors que l’ensemble des institutions communautaires ne cessent de plaider pour des cures d’austérité dans les pays de l’Union touchés par la crise et l’aggravation des déficits publics, certains devant diminuer de 10 à 20% les salaires dans la fonction publique, ne serait-il pas juste et nécessaire que les fonctionnaires européens eux-mêmes donnent l’exemple ? Pour ma part, je propose qu’une baisse de 10% soit immédiatement appliquée à l’ensemble de ces salaires, qui sont réalité exorbitants !

En effet, nos chers « eurocrates » de la Commission, du Conseil, de la Cour européenne de Justice, du Parlement, etc. ne sont pas particulièrement assujettis aux niveaux de rémunération qu’ils ne cessent de prôner pour les autres : à la Commission de Bruxelles, les traitements (hors Commissaires) s’échelonnent ainsi de 2550 à 17 700 euros mensuels, à quoi s’ajoutent de rondelettes primes d’expatriation, une fiscalité exagérément favorable, sans parler des avantages annexes qui ne doivent pas manquer d’exister pour les garanties sur les prêts bancaires, les mutuelles, etc. On le voit, on est bien loin des conducteurs du RER A à 3300 euros en fin de carrière…

Les instances dirigeantes de la Commission européenne vont-elles donc appeler à la raison leurs agents, et au passage démontrer qu’elles sont autant soucieuses de la bonne gestion des deniers publics européens que de celle des deniers publics nationaux ? Que nenni ! Pour désamorcer un conflit social embarrassant pour la bonne marche des services, préserver la confidentialité des dossiers qui y sont traités (et dont la publicité pourrait se révéler bien compromettante pour plus d’un) et tout simplement assoir sa suprématie sur les Etats, la Commission soutient mordicus cette grève parfaitement indigne à l’heure où tant d’Européens doivent se serrer la ceinture pour cause d’euro surévalué, de politique de libre échange en forme de capitulation volontaire face à la Chine ou aux Etats-Unis, de remboursement d’aides d’Etat jugées indues par Bruxelles (agriculteurs, patrons-pêcheurs,…), etc. Bruxelles va donc porter plainte devant la Cour européenne de Justice, dont les fonctionnaires, on peut le parier, suspendront provisoirement la grève, afin de lui donner raison et de condamner les Etats bailleurs de fonds.

« Faites ce que je dis, pas ce que fais », semble plus que jamais le slogan de l’Europe de Bruxelles, de cette construction supranationale aux politiques punitives et méprisantes pour les peuples, qui détruit les démocraties nationales existantes sans rien proposer d’autre à leur place que le règne de l’oukase, de la déflation, du creusement indéfinis des inégalités, de l’invasion des produits chinois, des délocalisations, etc. Une Europe supranationale juge et partie dans la résolution de ses propres conflits sociaux, au point désormais de ressembler aussi à une vulgaire république bananière.

Les réactions face à ce véritable scandale sont des plus discrètes, et on aimerait bien entendre le gouvernement français sur ce sujet ; on aimerait bien le voir faire preuve d’au moins autant de fermeté que celle déployée contre les conducteurs de la ligne A du RER, au prix d’une prise en otage de 17 jours des pauvres usagers franciliens… Car, après tout, la plupart des 500 millions habitants de l’UE, les gens ordinaires, n’auraient pas à se plaindre de la paralysie prolongée de cette machine à fabriquer des règlements tatillons et souvent absurdes.

Incroyable mais vrai, il se trouve quand même quelques commentateurs pour soutenir les malheureux grévistes communautaires : « On comprend la colère des fonctionnaires, d’autant que, dans le même temps, leur cotisation retraite augmente de 0,4 % et le prélèvement spécial de crise de 0,25 % (soit 5,07 % du salaire net…). » ose ainsi affirmer Jean Quatremer sur son blog !

Ce n’est bien entendu pas le point de vue que Défend DLR, qui préconise la suppression pure et simple de la Commission de Bruxelles et la réintégration des fonctionnaires européens dans leur administration nationale. Mais en attendant, pourquoi pas créer un nouveau mode de calcul de leur rémunération ? Au lieu de caler cette dernière sur la moyenne de l’évolution des salaires dans les 8 pays historiques de l’UE (les 6 fondateurs, plus la Grande-Bretagne et l’Espagne), pourquoi ne pas prendre en compte l’ensemble des variations de salaires des fonctionnaires des 27, y compris ceux qui ont essuyés des baisses de 10 à 20 % ?

Voilà qui permettrait de faire goûter aux « eurocrates », en toute justice, le prix des décisions qu’ils infligent aujourd’hui à autrui sans limite, sans contrôle ni aucune répercussion sur leurs propres situations. Manière, en quelque sorte, d’atténuer ce « Faites ce que je dis… » qui n’a jamais et nulle part servi la démocratie et le Progrès.