La stratégie du parti unique explique aussi, bien sûr, l’ampleur de la déroute. Depuis 2002, comme je n’ai cessé de le répéter, l’UMP a été incapable de vraiment s’enraciner dans les urnes comme dans le cœur des Français. L’élection présidentielle, quant à elle, demeure inclassable car elle demeure un face-à-face entre un homme et un peuple, reléguant au second plan les étiquettes partisanes, et il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy s’est imposé grâce à sa capacité à comprendre les attentes de l’électorat populaire.

Avec l’UMP, ce qui devait arriver, est arrivé. Elle a rejeté le Centre vers la gauche et une partie de l’électorat populaire vers le Front National. Elle est désormais prise en étau, ce qui augure des lendemains très difficiles. Quand comprendra-t-elle l’histoire politique française, forte de courants d’idées différents, les centristes, les gaullistes, les libéraux ?

Mais au cœur de la défaite de la droite, de la remontée du Front National et surtout de l’abstention massive qui se concentre, ne l’oublions pas, dans les quartiers populaires, il y a, bien sûr, le refus de la politique de la pensée unique qui essore les Français depuis 20 ans.

La colère des Français est à la hauteur de l’espoir qu’avait suscité, il faut le reconnaître, le chef de l’Etat par ses propositions attrape-tout et parfois audacieuses lors de la campagne présidentielle.

Les Français ont cru en 2007 qu’enfin on allait s’attaquer aux causes des désordres du pays : désordre de l’insécurité, désordre de l’immigration, désordre de l’économie, désordre des délocalisations massives, désordre de la misère sociale.

Le Président et sa majorité n’ont pas compris l’attente immense qui existait. Dans une incohérence totale, ils ont continué à mener la même politique que leurs prédécesseurs. Seules les paroles ont été musclées, le décalage n’en a été que plus fort entre l’attente et le résultat. La perte de crédibilité et l’incohérence se sont amplifiées.

Voilà pourquoi ce n’est pas une alternance de plus au profit de la gauche bien-pensante ou un remaniement supplémentaire de la droite libérale qui vont changer quoi que ce soit, si l’on veut que les Français retrouvent un espoir et le chemin des urnes.

Il faut donc mener une autre politique. L’autre politique, c’est déjà de retrouver la maîtrise de notre destin collectif en changeant radicalement de politique européenne. Rien ne pourra se faire tant que l’on continuera à prendre les ordres à Bruxelles, Francfort ou Luxembourg.

Les Français l’avaient d’ailleurs déjà dit lors du référendum de 2005 et l’oligarchie politique a fait strictement l’inverse.

Contrôle aux frontières, réforme ou sortie de l’euro, nouvelle politique industrielle, coopérations d’Etat à Etat pour peser sur les grands projets du XXIème siècle, industriels, scientifiques, éducatifs et culturels… La liste est longue mais connue des changements de caps européens nécessaires.

Mais tout n’est pas la faute de Bruxelles. Il faut oser aussi une vraie rupture dans notre pays. Lutter contre la délinquance en s’en donnant les moyens par une vraie réforme de la Justice, la suppression des remises de peine excessives, le traitement de la délinquance des mineurs, la réforme de la Police Nationale. Il faut aussi bien sûr rétablir l’école du mérite et de l’effort, apprendre à lire correctement à nos enfants, développer massivement l’apprentissage, réformer nos universités.

On pourrait aussi bien sûr évoquer la question centrale de l’aménagement du territoire et des services publics, arrêter leur démantèlement au profit de nouveaux grands féodaux de l’énergie, du courrier, etc.

En vérité, le problème est assez simple. Quand le gouvernement de la France se remettra-t-il au service des Français et non pas de la petite oligarchie qui nous gouverne ? Voilà pourquoi il serait vain de croire possible un renouveau sans mettre en œuvre un rassemblement pour une autre politique.

Tiens, tiens, cela me rappelle quelque chose… mais oui, c’était bien le nom du mouvement des jeunes séguinistes !