En effet, les dirigeants européens prisonniers d’une vraie religion d’état, du dogme de l’euro, ne veulent pas admettre l’échec de la monnaie unique et répètent en boucle un discours convenu et incantatoire qui ne résout rien.

Car quel gouvernement économique ? Avec quelle légitimité et pour mener quelle politique ?

L’incohérence des dirigeants européens est abyssale.

Madame Merkel, par exemple, vient de déclarer qu’elle refusait une « Union faite de transferts financiers », une semaine après avoir accepté un engagement de plus de 100 milliards d’euros !

Refuser les transferts financiers au sein de la zone euro, c’est bien évidemment condamner la monnaie unique. Tous les économistes savent en effet que pour qu’il y ait une monnaie unique il faut, d’une part une mobilité des travailleurs sur le territoire de cette monnaie, d’autre part une solidarité financière importante.

Mais l’incohérence est aussi du côté du gouvernement français qui passe sa vie à nous expliquer que l’euro nous protège alors même qu’il dissuade les entreprises d’investir en France, qu’il est la cause d’un chômage de masse persistant, et que notre déficit extérieur, notamment vis-à-vis du Nord de l’Europe, a explosé au cours des dernières années.

Monsieur Trichet de son côté ne sait plus très bien où il en est car sa main droite refuse la monétisation de la dette que sa main gauche est en train de mettre en œuvre.

Tout ce petit monde ne comprend pas que la réalité économique s’impose à tous et qu’on ne peut pas retrouver la croissance qu’ils invoquent sans arrêt, sans avoir un système monétaire souple qui corresponde à la structure des économies. En défendant l’euro, ils croient tous défendre l’Europe alors qu’ils ne font, en fin de compte, que la tuer à petit feu.

A force, en effet, de lier le sort de l’Union européenne à une zone euro trop laxiste pour les Allemands et trop rigide pour les Espagnols, ils vont faire détester l’Europe aux Européens.

Voilà pourquoi le retour aux monnaies nationales est le préalable à un nouveau départ pour l’Union européenne. Il y a urgence.

Pendant ce temps, la Chine, le Brésil, l’Inde, laissent déprécier leur monnaie pour gagner des parts de marché, mettent en œuvre un protectionnisme déguisé pour défendre leurs plus belles entreprises et investissent massivement dans l’éducation, la connaissance, la science.

Bâtir des coopérations industrielles à la carte, multiplier les partenariats scientifiques, faire revenir les dizaines de milliers de chercheurs européens exilés aux Etats-Unis, redonner une dignité par le travail et un espoir aux jeunes générations, mettre en œuvre une politique familiale pour renouveler la démographie… voilà les vrais défis.