Ridicule, parce que la figure légendaire du général de Gaulle, chef de la France Libre puis président-fondateur de la Vème République, est entrée depuis bien longtemps dans l’imaginaire et le patrimoine collectifs de tous les Français, quel que soit d’ailleurs le regard que chacun puisse porter sur les valeurs, l’œuvre et l’héritage de ce géant du XXème siècle, dernier héros de l’histoire de France.

A telle enseigne, d’ailleurs, qu’on a pu voir fleurir ces dernières années des œuvres de fiction consacrée à de Gaulle et réalisées par des auteurs qui clamaient leur opposition au gaullisme… Ainsi, récuser cette part de France et de République relève d’un esprit de division et de polémique qui choquera à coup sûr une immense majorité de nos concitoyens.

Ensuite, il est ubuesque de voir des gens de lettres contester la valeur littéraire des écrits gaulliens - publiés depuis longtemps dans la collection de la Pléiade - que la plupart des spécialistes, quelle que soit leur orientation politique, soulignent à bon droit. A suivre cette logique de chasse aux sorcières, pourquoi ne pas proscrire Chateaubriand dont les « Mémoires d’outre-tombe » n’étaient rien d’autre que le journal politique et historique d’un royaliste opposé à Napoléon et à la Révolution ? Et que dire des « Châtiments » de Victor Hugo, des mémorialistes de l’ancien régime ?

S’il s’agit, enfin, de garantir la neutralité politique de l’Education nationale, car in fine c’est bel et bien là que veut en venir ce collectif, comment ne pas s’offusquer de l’étude de Balzac et Baudelaire (dont les convictions très conservatrices sont connues), de Céline, ou alors des auteurs de gauche comme Aragon, Zola et Sartre, dont l’allégeance pour deux d’entre eux à un PCF des plus staliniens devrait encore plus hérisser les cheveux d’un syndicat revendiquant son appartenance au « camp démocratique et progressiste » ?

Oui, on a affaire à une cabale idéologique de la part de syndicalistes ultra politisés, qui cherche à régler des comptes complètement dépassés, de mauvaise foi et hors-de-propos. C’est une honte de voir des enseignants, qui plus fonctionnaires au service de l’Etat, dénigrer gratuitement, par pur caprice idéologique, l’une des figures les plus consensuelles et plus positives de notre histoire récente.

A ceux-là qui prétextent leur incompétence en histoire pour récuser l’inscription au bac de français des « Mémoires de guerre », je ne résiste pas de rappeler que leurs prédécesseurs du Conseil national de la Résistance - comprenant nombre de communistes et de gens de gauche –, eux, cultivaient un respect et une reconnaissance légitimes vis-à-vis de celui qui avait sauvé l’honneur de la France, rétabli la République et apporté au pays, à la Libération, toute une série de réformes démocratiques et progressistes majeures (droit de vote des femmes, création de la Sécurité sociale, des grands services publics, etc.).

Mais sans doute serait-ce trop demander à ce collectif d’ouvrir simplement les yeux !