Néanmoins, au vu des faits avérés (engagements stratosphériques du trader pour le compte de la Société générale) et de l'invraisemblance totale de la version de la banque, qui affirme dans l'incrédulité générale qu'elle n'était au courant de rien, on peut se risquer à quelques conjectures.

Kerviel est-il allé trop loin ? Oui, bien sûr, il l'affirme lui-même. Il a manifestement fait preuve de zèle dans la course folle à l'argent à laquelle se sont frénétiquement adonnées les banques ces dernières années, multipliant les prises de risque inconsidérées, maquillant leur bilan, jonglant avec des produits financiers ubuesques (les fameux "subprimes" et autres), et conduisant au final le monde au bord de la ruine.

D'ailleurs, n'oublions pas que sa banque a écopé d'une amende pour le non-fonctionnement de ses mécanismes de surveillance de ses propres agents. Mais ce non-fonctionnement a-t-il été vraiment involontaire ?

Ainsi, si l'accusé ne paraît pas innocent, on ne peut croire qu'il soit le seul coupable, car c'est bel et bien l'ensemble du système financier (à commencer par les banques) qui joue depuis des années avec le feu, en toute connaissance de cause, comme un pyromane qui brûlerait de plus en plus d'allumettes à mesure qu'il accumule de plus en plus de dynamite autour de lui. Tant que ça marche, on ferme les yeux, mais s'il y a un problème, alors là, il n'y a plus personne !

Aussi, la vraie question semble être ailleurs. Les autorités publiques oseront-elles condamner ce système ? Ou vont-elles le blanchir en mettant à l'index l'un de ses serviteurs zélés, ramené au rôle commode de mouton noir ?

Après avoir déversé l'argent des contribuables dans les caisses de banques en faillite virtuelle, tout en refusant d'instaurer une vraie régulation du secteur - contrepartie indispensable à ce renflouement -, on peut craindre que la réponse soit fatale.

L'avenir le dira et il n'est pas impossible qu'il réserve des surprises. Néanmoins, condamner la banque en tant que complice, voire instigateur tacite, d'une situation ayant abouti à cette débandade financière historique, serait le prélude obligé à un bouleversement de fond en comble du capitalisme financier global. Cela ne semble malheureusement pas à l'ordre du jour de nos dirigeants...