C’est bien pourquoi je n’irai pas vendredi à Londres participer à ce qui apparaît pour certains des officiels qui s’y précipitent comme une opération de folklore politicien. Je préfère me rendre dans la Somme, près d’Abbeville (où de Gaulle conquit de haute lutte ses galons de général), auprès de salariés d’entreprises en voie de délocalisation. Car pour moi, résister aujourd’hui, c’est refuser la capitulation économique et sociale qui menace l’existence même de la Nation, et se battre pour une autre voie.

A quoi bon, en effet, aller à Londres pour honorer le général de Gaulle et son appel quand, au même moment, on abandonne les pouvoirs du peuple français à une organisation technocratique qui le condamne à la paupérisation et au déclassement ? Voilà l’imposture !

Quelques jours avant la célébration à Londres du 18 juin, le Président de la République vient, à Berlin, d’accepter une confiscation sans précédent de notre démocratie, en proposant de suspendre les droits de vote des pays membres de l’Union européenne dont les budgets ne respecteraient pas la norme décidée par la Commission de Bruxelles…

Reconnaissons-le, cette imposture n’est pas nouvelle car si l’on observe depuis plusieurs années la vie politique française, on s’aperçoit que plus le général de Gaulle est adulé, plus les principes sur lesquels il avait fondé le redressement de la France sont trahis pour le plus grand malheur des Français.

Le général de Gaulle incarnait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : le choix des Français au référendum de 2005 est bafoué par le vote du Traité de Lisbonne à une très grande majorité des parlementaires UMP, PS et centristes au Congrès de Versailles !

Le général de Gaulle avait sorti la France de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN : Nicolas Sarkozy l’y fait revenir !

Le général de Gaulle prônait une politique étrangère indépendante : la France, notamment au Moyen-Orient devient sourde et muette !

Le général de Gaulle ne voulait pas que la politique économique se fasse à la « corbeille » : aujourd’hui, les puissances d’argent, les banques et les oligopoles de tout poil, commandent à Bercy.

Le général de Gaulle veillait à ce que l’autorité de l’Etat soit partout et toujours respectée : aujourd’hui, l’impuissance publique causée par une gestion inadaptée de la France conduit à « acheter » la paix civile en laissant se développer des quartiers de non-droit, en tolérant qu’on brûle des drapeaux de la République et en abandonnant des populations entières à la férule de petits caïds !

Le général de Gaulle voulait un Président au-dessus des partis qui incarne la Nation : aujourd’hui, le locataire de l’Elysée se comporte en chef de parti et accueille désormais lui-même les nouveaux adhérents de l’UMP !

Le général de Gaulle mettait un point d’honneur à payer son électricité et ses repas privés à l’Elysée : aujourd’hui, le règne de la politique-spectacle, des privilèges, des passe-droits et du show-biz, s’étale jusque dans les magazines à sensation !

Comment s’étonner, dans ces conditions que les Français d’un côté plébiscitent le général de Gaulle et, d’un autre, estiment à une large majorité que le gaullisme politique est dépassé ?

Il est précisément jugé dépassé car il a été trahi et galvaudé.

Pourtant le gaullisme demeure profondément moderne car ce n’est pas une doctrine, mais une attitude, des principes et des valeurs assis sur une vision de l’histoire et de l’Homme qui sont plus que jamais pertinents.

Et, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, il ne s’agit pas d’une nostalgie, d’un rêve, d’un romantisme, mais tout au contraire de la seule voie possible pour rassembler les Français et redresser la France.

Un chef de l’Etat sobre qui se place au dessus des partis ; Un Etat impartial, garant de l’intérêt général ; Une politique économique qui prépare l’avenir de la Nation ; Une politique étrangère qui parle aux peuples libres du monde et qui refuse la logique des empires ; Une politique européenne qui met fin à la supranationalité technocratique et qui engage de vraies coopérations scientifiques, industrielles, entre des nations libres ; Une politique sociale, fondée sur la participation, l’esprit de justice et de responsabilité.

Voilà le vrai chemin pour la France, qui honorerait l’Appel du 18 juin. C’est notre feuille de route pour demain.

Ce billet au format pdf