Ce qui est en cause, c'est bien plus que cela, c'est l'intégrité même de la République et la question de sa légitimité à l'heure où le taux d'abstention peut atteindre 70% sans que cela ne provoque une révolution, où l'on supprime les allocations logements pour les étudiants des familles modestes, à l'heure où le Ministre de l'Economie parle franglais, où l'on s'assoie sur le résultat d'un référendum et où Mme Morano traite un organe de presse de "fascisto-trotkiste" (sic).

Ce qui est en jeu, c'est bien la survie de notre démocratie, et la question de savoir quel espoir nous pouvons, nous, Députés de la Nation, journalistes, acteurs de la société civile, citoyens, apporter à notre pays.

Or, en manipulant un journaliste "prudent", en ne répondant pas aux questions et - pour chaque sujet - en travestissant la réalité, Nicolas Sarkozy vient de porter un nouveau coup à notre démocratie. Il exaspère les plus lucides, il excite les dominés et plus grave encore, il trompe les naïfs, viole les candides sur l'air du "tu l'as bien cherché".

Rien sur les conseillers Elyséens se répandant dans les dîners et se vantant de pouvoir influer sur une justice dont ils connaissent "très très bien" les acteurs, rien sur l'iniquité d'un bouclier fiscal odieux qui consiste à remercier les plus riches de ne pas détester tellement la France qu'ils la quittent, rien sur la politique africaine du Premier Ministre Claude Guéant, rien sur ses liens d'amitiés avec le procureur d'un département qu'il connaît bien et qui serait le seul susceptible de mettre en cause Eric Woerth, rien sur un rapport de l'OCDE nous expliquant que nous devons accueillir plus d'immigrés pour relancer notre croissance, rien sur la gouvernance économique prônée par Bruxelles et imposée par une Allemagne que Nicolas Sarkozy avoue vénérer, et qu'il accepte sans broncher, droit qu'il est devant son drapeau européen. Rien. Le vide sidéral.

Alors bien sûr, personne n'espérait rien de cette intervention télévisée. Un peu comme en URSS à la grande époque, on regardait en espérant un coup de théâtre, ou pour connaître la couleur des sièges du nouvel avion présidentiel.

Mais au moins, en URSS, le journaliste était en uniforme. Les soviétiques avaient le mérite de l'honnêteté !