Lorsqu’on inscrit son engagement politique dans le sillon tracé par le Général, la date du 9 novembre – comme celle du 18 juin – se confond forcément avec l’hommage rendu au libérateur de la patrie. Il serait néanmoins erroné d’y voir la simple expression d’une déférence rituelle. Car mon gaullisme n’a jamais été une nostalgie. Il est une espérance.

J’ai toujours refusé de le considérer comme une idéologie parmi d’autres, avec ses dogmes et ses œillères. Je ne me suis jamais perçu comme un gardien du Temple ; encore moins comme le chef d’une tribu jalouse de son exclusivité.

Il est naturel que le souvenir du Général soit aujourd’hui révéré par le plus grand nombre, y compris par certains de ceux qui ont autrefois combattu ses desseins. De Gaulle n’a jamais cherché à constituer un clan. Il fut certes épaulé par une cohorte de fidèles à toute épreuve. Mais l’œuvre de sa vie fut de travailler à la réconciliation de son pays autour d’un idéal de liberté et de grandeur.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le rassemblement des Amoureux de la France. J’ai tendu la main aux représentants de diverses familles politiques, ainsi qu’à l’ensemble des Français attachés à leur nation, sa civilisation et son indépendance. Certains d’entre eux peuvent avoir un rapport complexe au Général. On songe ainsi aux blessures du drame algérien, mal cautérisées chez nos compatriotes pieds-noirs et harkis ; je les comprends et les respecte profondément.

L’actualité du message gaullien est suffisamment flagrante pour transcender les divisions de notre vieux peuple. L’échéance européenne du printemps prochain sera là pour le démontrer.

Chacun sait que de Gaulle fut un artisan de la réconciliation continentale au lendemain d’une guerre atroce. Sa contribution éminente à la victoire sur l’Allemagne hitlérienne lui conférait la légitimité indispensable à cette démarche difficile. Il en connaissait tant la valeur morale que la nécessité politique : construire une Europe indépendante face à la double hégémonie américano-soviétique.

Il savait également que cet avenir de paix et de puissance ne pouvait se fonder que sur des réalités irréductibles : les Etats-Nations, fruits d’une histoire millénaire, dépositaires de la culture européenne dans sa merveilleuse et féconde diversité. « Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l'Europe dans la mesure où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils avaient été des apatrides ».

Critique du traité de Rome et de ses dispositions supranationales, le Général ne se résolut pas à un Frexit avant l’heure. Il sut au contraire reprendre les commandes de la jeune CEE pour la réorienter vers une libre coopération entre pays membres, face aux technocrates et aux juges qui fomentaient déjà leurs méfaits. Malheureusement, ses successeurs ont soumis la France à une Union européenne qui défigure l’Europe. Sa vision en la matière est désormais une référence bien au-delà de nos frontières. Elle inspire notre combat contre l’Union européenne et notre volonté de reconstruire une alliance de Nations libres qui travaillent autour de projets concrets.

Avant toute chose, de Gaulle reste le symbole de notre foi en la France. Comme Jeanne d’Arc, Bonaparte ou Clemenceau. Il est de ces figures improbables qui surgissent dans les ténèbres de notre Histoire, lorsque tout semble perdu, pour relever le pays de l’abîme.

Que cette espérance continue de nous animer. Car « il n’est qu’une fatalité, celle des peuples qui n’ont plus assez de forces pour se tenir debout et qui se couchent pour mourir ».

Pour la France de toujours dans l’Europe de demain, nous sommes debout.

Nicolas Dupont-Aignan