Je connais l’émotion qui traverse la France depuis mardi. Nos compatriotes savent que le TGV est une fierté nationale, un symbole de ce que le génie français peut produire de mieux. Un véritable succès. A ce titre, n’écoutons pas les spécialistes du dénigrement de la France qui présentent sans cesse Alstom comme un canard boiteux. Etrange défaite pour une entreprise qui a obtenu cette année un record historique de commande, plus de 35 milliards d’euros, loin devant Siemens qui n’en a que 25. Des contrats sont gagnés dans le monde entier, ici en Inde, là aux Etats-Unis. Alstom n’a jamais cessé d’innover et dispose de projets en cours, comme le TGV du futur pour que la France conserve le record mondial de vitesse pour un train commercial que nous détenons sans coup faillir malgré la concurrence sérieuse de la Chine.

Oui la mondialisation est un défi à relever tous les jours pour notre industrie et oui elle sait le relever. La Chine nous aurait rattrapé ? Et bien nous pouvons continuer à avancer si nous nous en donnons les moyens.

Or, nos dirigeants politiques ont abandonné l’industrie depuis plus de trente ans, épaulé par une technocratie complètement folle qui depuis Bercy, n’a cessé de dénigrer et de démanteler nos usines au profit des services, en particulier la « haute finance », les assurances et tout cette économie spéculative qui a remplacé la vraie création de richesse et la valorisation du travail des Français.

Ce n’est pas vrai que la mondialisation en elle-même est seule responsable du déclin de l’industrie française. L’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, l’Autriche, l’Italie du nord, la Suisse et bien d’autres n’ont jamais abandonné leurs secteurs industriels. Ces nations ont modernisé sans cesse leur outil productif, investit dans la recherche, dans la formation de tous, ouvriers et ingénieurs. Ces pays ont fait des choix politiques forts, leur Etat a joué un rôle de chef d’orchestre et de stratège, harmonisant les efforts de tous les acteurs sans céder aux sirènes de la finance folle, du libre échange sauvage. Ils n’ont pas été naïfs face à la guerre économique qui utilise tous les coups tordus possibles pour affaiblir les concurrents et s’imposer sur les marchés.

Avec la crise financière de 2007, beaucoup de pays qui avaient lâché leur industrie se son réveillés : les Etats-Unis bien sûr, l’Espagne, le Royaume-Uni et tant d’autres. En France, un vrai débat de fond a eu lieu, avec des PDG qui avaient démontré leur talent comme Jean-Louis Beffa de Saint-Gobain ou Louis Gallois d’Airbus. Le « produire en France » est revenu en force et les Français y adhéraient massivement. Les idées que nous portions depuis toujours s’imposaient comme une évidence.

Hélas, c’était sans compter sur la corruption endémique qui frappe le petit milieu parisien qui a fait main basse sur les intérêts nationaux qui fait échos au paradis des lobbys qu’est la Commission de Bruxelles.

Pendant longtemps, le débat politique français a feint de ne pas voir le problème : la corruption, le trafic d’influence, l’abus de pouvoir, le pantouflage ; on ne voulait rien voir.

Pourtant ce mal ronge notre pays et le tue à petit feu.

Mettons les choses au clair tout de suite. La quasi totalité des fonctionnaires, des dirigeants d’entreprises et des politiques sont des citoyens honnêtes et des patriotes intègres. Hélas, il suffit de quelques canards boiteux ambitieux et influents pour détourner l’intérêt général.

Vous connaissez déjà mes combats contre la privatisation des autoroutes, les abus de certains partenariats public privés, les pratiques douteuses des opérateurs téléphoniques ou le manque de transparence des laboratoires pharmaceutiques et/ou chimiques.

J’ai aussi beaucoup travaillé sur la grande fraude fiscale avec mon collègue Alain Bocquet lors d’un rapport parlementaire sur ce sujet précis, qui a donné lieu à un livre et à des propositions concrètes pour récupérer les dizaines de milliards d’euros qui échappent à l’intérêt général et que doivent payer les contribuables français honnêtes à la place des voyous.

J’ai soutenu des lanceurs d’alerte qui m’ont à leur tort témoigné leur confiance pour la Présidentielle comme Stéphanie Gibaud, présidente de mon comité de soutien et lanceuse d’alerte de l’affaire UBS. Une vraie amie courageuse à qui je veux à nouveau témoigner de mon respect et de mon admiration.

Lors de la campagne présidentielle, j’ai tenté d’alerter sur des faits inacceptables que le mandat de François Hollande avait multiplié. Jamais autant de champions industriels français n’avaient été pillés par des multinationales étrangères en si peu de temps. Je ne citerai que les principaux mais la liste n’est pas exhaustive : Alstom Energie, Alcatel, Technip, Lafarge, l’aéroport de Toulouse. Depuis l’accession à la présidence d’Emmanuel Macron, il faut rajouter Alstom Transport et les Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire.

Toutes ces opérations ont été supervisées par Emmanuel Macron quand il était Secrétaire Général Adjoint de l’Elysée puis surtout ministre de l’Economie. Le premier élément troublant et indiscutable est donc qu’il a menti lors du débat réunissant les 11 candidats de la Présidentielle sur Cnews/BFMTV. Alors que je l’interrogeais sur son rôle dans ces affaires, il a répondu devant des millions de téléspectateurs qu’il n’avait « rien eu à connaître ». Un mensonge éhonté puisqu’il a validé et soutenu toutes ces opérations. Hélas, la presse n’a pas fait échos à cette manipulation grossière de l’opinion.

Autre fait indiscutable, le fait que son ancien employeur, la banque Rothschild qui l’a rémunéré plus de 2 millions d’euros entre 2008 et 2012, a directement contribué à ces opérations en tant que conseil d’Alstom, de Technip et de Lafarge. Les commissions sur ce genre d’opération se chiffrent en dizaine voire en centaines de millions d’euros.

Par ailleurs les déclarations de patrimoine d’Emmanuel Macron déposées à la Haute Autorité pour la Transparence font apparaître différents actifs financiers que le Ministre puis le candidat à la présidentielle possédait encore auprès de Rothschild.

Comment une telle coïncidence entre les intérêts professionnels et personnels d’Emmanuel Macron d’une part, et d’autre part la multiplication des opérations financières que ce dernier a validées et qui impliquaient son ancien employeur ne pourrait pour le moins jeter le trouble ?

Comment faire confiance aussi à Emmanuel Macron alors que le journal Mediapart a révélé qu’il avait signé un accord confidentiel avec le fonds d’investissent chinois qui a racheté l’aéroport de Toulouse. Cette infrastructure n’est pas anodine puisqu’elle sert de piste d’essaie pour nos Airbus ! Cet accord prévoit que les représentants de l’Etat voteront systématiquement comme le souhaite l’actionnaire chinois ! Ces révélations n’ont jamais été contestées par Emmanuel Macron et se sont avérées véridiques puisque les administrateurs représentant le ministre ont en effet toujours voté comme les Chinois ! Pourquoi un tel accord a-t-il été passé par Emmanuel Macron ?

Des soupçons de conflits d’intérêts majeurs se portent également sur des hauts-fonctionnaires français. Ainsi David Azema, le directeur des Agences de participation de l’Etat a quitté son poste pour être recruté par Bank Of America, la banque conseil de General Electric, la multinationale américaine qui a racheté Alstom Energie. Or, c’est ce même David Azema qui état chargé, entre autre, de trouver une parade à l’offre de GE et de préserver l’intérêt général de notre pays !

Autre exemple parmi d’autres, l’un des conseillers d’Arnaud Montebourg, Frédérik Ruthenberger, qui était particulièrement en charge de l’Affaire Alstom, a rejoint la Banque Lazard, qui elle aussi avait participé au « deal » entre GE et Alstom.

Les exemples sont hélas nombreux.

Devant tant de soupçons et de faits troublants, il est plus que nécessaire de convoquer enfin la Commission d’Enquête Parlementaire que je demande avec d’autres députés depuis 2014.

Comment accepter que le Parlement ne puisse exercer son pouvoir de contrôle et d’investigation pour mettre enfin les choses au clair ? Comment accepter cette absence de contre pouvoir et que certains bureaucrates avides puissent corrompre leur mission d’intérêt général sans jamais rendre de compte au peuple français ?