Il s’agit ni plus ni moins d'un projet de délocalisation massive de l’activité de la compagnie vers les pays moins-disant de l’Union européenne suivi d’un pillage en règle de nos marchés. S’il aboutit, ce sera un nouveau coup dur porté à notre pays à travers une perte d’activité, de recettes sociales et fiscales, de savoir-faire, de débouchés pour nos jeunes toujours plus contraints de choisir entre expatriation et déclassement.

Presque exclusivement axé sur la réduction des coûts, comme dans tant d’autres secteurs d’activité, il est difficile de ne pas voir que c’est encore là le résultat funeste de cette Europe sans frontières qui pousse au low-cost voyou. Mais c’est surtout une voie sans avenir : du perdant-perdant. La mise en concurrence frontale des systèmes sociaux et fiscaux disparates au sein de l’Union nous condamne à voir partir nos fleurons technologiques, nos industries, nos talents, nos recettes, notre croissance, notre niveau de vie…

A cet égard, les déclarations de notre premier ministre sont simplement scandaleuses et je l’invite à voir plus loin que le bout de son nez. C’est bien à l’Etat de protéger les recettes fiscales et sociales, pierre angulaire de sa capacité à jouer son rôle plein en entier de régulateur de l’économie et de garant de la cohésion sociale.

Mais, il est certes bien plus facile de fustiger la prétendue irresponsabilité de pilotes qui en mesurent bien la valeur que d’avoir le vrai courage de s’attaquer aux racines du mal que sont les conditions de concurrence déloyale au sein de l’UE. Cela nécessite d’avoir les épaules et la volonté de s’opposer à Mme Merkel et M. Juncker et non pas que la lâcheté se mêle au renoncement. M. Hollande n’est en vérité que le préfet des Gaules et M. Valls son directeur de cabinet. Dans cette Union européenne-là, il n’y a pas d’autre issue que toujours tout tirer plus vers le bas. Les marchands de bazar ont beau jeu de dire qu’on est toujours trop cher.

En attendant, les mêmes recettes ont cours. Pointer du doigt les uns et les autres en jouant des divisions, des rivalités, des jalousies… A nous de savoir regarder plus loin.

Car là aussi, au lieu de se coucher, la France peut et doit faire face. Là comme ailleurs, il faut du protectionnisme intelligent, réglementer pour empêcher que l'on pille le marché français depuis l’extérieur, limiter les droits de trafic aux compagnies extérieures à l’Union qui subventionnent massivement leurs transporteurs dans le cadre de stratégies d’Etat, empêcher la constitution de pavillons de complaisance, comme ce qu’on a vu dans la marine marchande.

Se défendre et ne pas hésiter à recourir aux mêmes moyens que des concurrents agressifs, ce n'est pas vivre dans le passé ou la nostalgie, mais s'adapter au présent et préparer le futur.