Le propos est bien entendu justifié sur le terrain européen, où les sortants vaincus par les urnes peuvent faire confiance à leurs suivants pour mettre en œuvre des traités contestés – ainsi Jospin en 1997 entérinant le Pacte de Stabilité qu’il venait pourtant de promettre de déchirer, ou Hollande faisant passer à l’automne 2012 le super-Pacte du couple Merkozy.

Il en va de même, malheureusement, sur le terrain des intérêts économiques de la France, que la droite comme la gauche semble s’ingénier à brader : après l’abandon de Péchiney et Alcatel sous Jean-Pierre Raffarin, la cession pour une bouchée de pain des autoroutes et l’OPAA hostile de Mittal sur Arcelor sous Dominique de Villepin, la privatisation de GDF malgré les assurances de Nicolas Sarkozy et celle de Nexter il y a quelques jours, Alstom est venu grossir les rangs de nos malheureux fleurons sacrifiés sur l’autel de l’incompétence et de la lâcheté gouvernementales.

On s’en souvient, le mariage de sa branche énergie avec General Electric (GE) conclu au printemps dernier promettait pourtant d’être sans nuage : le maintien assuré des activités en France pendant de longues années, l’embauche de 1000 emplois supplémentaires, et surtout des garanties inattaquables données à l’Etat pour qu’il conserve un droit de regard efficace sur les activités stratégiques de l’entreprise – nucléaire, réseaux électriques et énergies renouvelables. Tout ceci, même au prix du versement cet hiver de primes financières scandaleuses aux anciens dirigeants de l’entreprise, aurait dû permettre à l’ex-champion tricolore de couler des jours heureux…

Las, on apprend maintenant que toutes ces belles garanties ou gestes de bonne volonté n’étaient que de la poudre aux yeux. Mon collègue Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais et Vice-Président de la Commission des Affaires économiques a lancé aujourd’hui un nouveau signal d’alarme en ce sens : les 1000 emplois restent toujours dans les limbes, aucun maintien d’activités ne semble avoir été sérieusement décidé, et les trois co-entreprises Alstom / GE dans les secteurs stratégiques (dont le nucléaire, donc) seront en réalité majoritairement contrôlées par la multinationale américaine, sans pouvoir réel laissé au gouvernement.

Pire que tout, il semble ainsi que l’accord négocié dans le secret entre l’ancien PDG d’Alstom, Patrick Kron, et GE, au moment de la vente, ait purement et simplement ignoré les assurances alors faites par le gouvernement, et sans que celui-ci – pas plus que le Conseil d’Administration d’Asltom d’ailleurs – ait son mot à dire ni même soit informé !

Enfin, un malheur n’arrivant jamais seul, Le Canard Enchaîné de ce mercredi révèle que GE se serait prêté à une machination indigne : promettant à Alstom de payer à sa place l’amende de 770 millions $ que venait de lui infliger la Justice des Etats-Unis, GE en aurait fait un argument d’achat primordial pour s’emparer de l’énergéticien français face à ses concurrents Siemens et Mitsubishi. Or le gouvernement américain a finalement rappelé qu’il est hors de question que GE compense l’intégralité de cette amende, laquelle reste donc sur les bras d’Alstom à hauteur de 500 millions $...

Emmanuel Macron, responsable de ce dossier du début à la fin, semble s’être fait rouler dans la farine. L’amateurisme dont il a fait preuve paraît tellement grand qu’on en vient même à se demander s’il ne l’a pas fait exprès ! Il n’en continue pas moins de nier l’évidence, jurant ses grands dieux que les engagements de GE sont et seront respectés.

Lors de l’annonce de la vente d’Alstom à GE, je n’avais pas hésité à m’élever contre ce qui m’apparaissait comme un coup porté à nos intérêts industriels stratégiques. Hélas, les événements d’aujourd’hui me donnent raison et donnent tort à ceux qui avaient ricané de mon « passéisme ».

L’amertume est d’autant plus grande lorsqu’on se souvient que l’Etat, il y a une dizaine d’années, avait renfloué l’entreprise jugée à juste titre d’importance nationale ! Une fois de plus, l’argent des Français aura été mis au service d’intérêts privés, au détriment de l’intérêt général…

N’en déplaise à Emmanuel Macron, le patriotisme économique n’est ni un slogan ni un gadget. En tant que composante intrinsèque de l’intérêt national, ce doit être la boussole qui guide l’action publique en toute décision et en toutes circonstances ! Inutile de préciser que c’est depuis toujours l’un des axes majeurs de Debout la France ! dont le bon sens, décidément, manque de plus en plus à notre pays !