Alstom est une entreprise rentable qui dispose de 30 mois de commandes avec une trésorerie de 5 milliards d’euros. Il n’y a donc aucune urgence. Alstom est une entreprise adossée à l'Etat, qui vit pour une large part de la commande publique, liée à l’investissement nécessaire pour la transition énergétique (centrales nucléaires, parc éolien marin).

On comprend dès lors pourquoi General Electric veut racheter l’entreprise. C’est tout bénéfice, les commandes sont assurées et le conglomérat américain va pouvoir s’approprier des brevets convoités. Sans oublier les marchés qu'il va s'approprier aux dépens d'Alstom, ce qui se traduira inévitablement par la suppression d'emplois et la disparition d'unités de production en France...

Cette démission totale est d’autant plus insupportable qu’il existe des solutions françaises alternatives, notamment une fusion avec Areva ou un partenariat avec Safran ou Schneider Electric.

Mais la défaite industrielle est dans les têtes. Si General Electric était si désintéressée, pourquoi ne pas lui proposer une participation minoritaire ? Bien sûr, l'orientation idéologique et les règles de Bruxelles, qui stigmatisent l'intervention des Etats-nations dans l'économie, même si elles n'expliquent pas tout et n'exonèrent pas nos propres dirigeants égarés, pèsent lourd ! Sans le labyrinthe européen, où la France se perd depuis maintenant près de 25 ans, comment imaginer que le gouvernement pourrait laisser tomber ce fleuron tricolore ? A cet égard, désavouer les partis de gouvernement dont la gestion en la matière, hélas, se ressemble tant, sera l'un des enjeux des élections européennes du 25 mai. C'est aussi le sens du vote pour les listes « Debout la France, ni système ni extrêmes ! », qui proposent le patriotisme tranquille et responsable dont la France est orpheline depuis si longtemps !

On reproche à ceux qui s’opposent à ce rachat une vision « étriquée » et dépassée du monde. Mais curieusement, lorsque les Allemands refusent de céder leurs entreprises vitales pour leur avenir ou que les Américains bloquent tous les investissements étrangers, par exemple chinois, sur des activités qu'ils jugent stratégiques, on admire leur patriotisme !

Nos dirigeants commettent un contresens total sur la mondialisation. La propriété du capital est vitale pour l’implantation des centres de recherches et des centres de décisions. La transition énergétique exige des investissements de très long terme qui sont incompatibles avec des logiques financières à court terme et une indifférence à l'intérêt national.

Que M. Bouygues veuille vendre ses actions d’Alstom, c’est son droit, mais que l’Etat accepte de laisser détruire un élément-clé de notre avenir énergétique est incompréhensible et scandaleux.

M. Montebourg ne peut pas être complice d’une décision si contradictoire avec ses prises de parole. Il lui faut se ressaisir maintenant... ou ruiner définitivement sa crédibilité de défenseur de l'industrie française !