Suivant une communication récente, en ce mois d’août, le président de One Medical, Amir Dan Rubin, nous confirme que le géant du web rachète, pour environ 4 milliards de dollars, ce groupe américain constitué d’un réseau de centres médicaux, de cliniques et de services numériques de réservation "à la Doctolib" et de télémédecine.

Amazon habituellement positionné comme place de marché de biens et de services est aussi un hébergeur Cloud leader pour couvrir l’infrastructure de tels services. C’est ainsi sur son activité marchande qu’elle vient compléter ses offres plus ou moins abouties et rentables que sont Amazon Care et Amazon Pharmacy pour la livraison de médicaments.

C’est donc un différentiant par rapport à IBM et Microsoft plus orientés sur l’Intelligence Artificielle et l’applicatif, qu’Apple, aujourd’hui collecteur de données médicales (montres connectées) ou que Google, qui reste aussi une plateforme d’intermédiation sans intégrer de services médicaux à part entière lui appartenant.

La disruption médicale est à l’œuvre : on peut se demander si nos états occidentaux sont toujours stratèges ou passifs, dépassés, consentants même et n’ont, d’ailleurs, pas commencé à démonter leurs systèmes de santé en prévision de cette transformation irrémédiable : la télémédecine mondialisée.

Cela expliquerait la fermeture de services, la disparition et la désertification médicale, la réduction de lits basée sur une médecine prédictive qui incorporera de l’IA et des interventions humaines distantes … Tout ceci serait connu et planifié des années avant ? Pourtant aucune trace dans un éventuel rapport de cabinet de conseil …

Rappelons que peu avant l’élection présidentielle française, le fameux Health Data Hub avait été gelé (janvier) et on pouvait le penser moribond : dès mai celui-ci était plus qu’actif et la CNIL délivrait des avis d’exploitation sur des projets tandis que cette plateforme présentait sa feuille de route 2023-2025 en concordance avec l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS).

Serons-nous suivis, dans 5 ans, par un de ces services fait de 80% d’Intelligence Artificielle quasiment sans faille pour les diagnostics et traitements courants et pour le reste de l’intervention humaine d’un médecin spécialiste anonyme derrière son écran en Inde, dans un métavers ?

Ce sujet éminemment politique, pose sur la table de nos élus les questions suivantes :

- Quel avenir pour la médecine locale, nationale, en cabinet ? - Un Doctolib, maintenant acteur européen, plateforme de délégation de l’état (réservation des vaccinations Covid) se trouve-t-il ainsi plus à la merci d’un rachat par un Google qui voudrait certainement rivaliser avec son concurrent de toujours ? - Le métier de médecin va-t-il se simplifier à outrance pour en faire juste des techniciens de manipulation ou d’interface patient-machine (un doctorat alors toujours nécessaire) ? - Qui sera aux manettes d’un système de santé mondialisé ? L’OMS risque-t ’elle d’accroître ses pouvoirs ? - Toujours la question ultime du positionnement ou de l’émergence d’un géant français, voire européen, pour exercer une concurrence au GAFAM ? - Les récents règlements de l’UE venant compléter le RGPD (Data Act, Data Gouvernance Act, Digital Service Act, Digital Market Act, voir l’article dont le lien est ci-dessous) sont-ils précablés par construction pour faire la part belle aux GAFAM justement ? - L’Assurance Maladie, la Sécurité Sociale franco-française, disparaitront-elles pour des services privés et que restera-t-il pour les citoyens hors normes comme rôle de l’état … ?

Lionel Mazurié Délégué National au Numérique DEBOUT LA FRANCE