Si l'annonce du rejet du “plan de sauvetage” européen par le Parlement chypriote hier a retenti, fort justement, comme une défaite cuisante des technocrates de Bruxelles et de Francfort, la nouvelle de la nomination de Bernard Cazeneuve à Bercy les a confortés dans leur sectarisme. En effet, l'homme qui pilotera désormais le budget de la France n’est autre que celui qui depuis 10 mois a été la cheville ouvrière de la Commission de Bruxelles.

Partisan du Non au traité constitutionnel européen de 2005, Bernard Cazeneuve s'est rapidement mué en défenseur de cette Union Européenne qui craint autant les citoyens qu'elle aime les bureaucrates, avec la ferveur ardente des convertis de fraîche date. C'est en effet le nouveau Ministre du Budget, alors en charge du portefeuille des affaires européennes, qui a mené la campagne auprès des parlementaires pour le Oui au TSCG, le tristement célèbre traité budgétaire adopté à l'automne dernier, qui a fait de notre Assemblée Nationale un musée.

Comme membre de la Commission des Affaires étrangères, j’ai assisté aux auditions de M. Cazeneuve qui défendait alors, sans vergogne et sans rire, un “Oui de résistance”. Comme s'il était possible de résister en se démettant. Comme si la résistance pouvait s'accommoder de l'abandon de plus de deux siècles de souveraineté budgétaire, acquise de haute lutte.

Chaque décision politique nous dit quelque chose sur la philosophie politique du pouvoir en place. Celle de M. Hollande est une soumission absolue à des autorités étrangères non-élues. Après avoir subi le diktat d’un doctrinaire qui se déguisait en parangon de vertu, Bercy accueille aujourd’hui le petit soldat des Commissaires de Bruxelles. Nul doute que sa première démarche sera de demander à M. Barroso de rédiger la prochaine loi de Finances.

Je ne crains pas de le dire, la nomination de Bernard Cazeneuve parachève la soumission budgétaire de la France à l'Union Européenne. L'homme du traité budgétaire est aujourd'hui l'homme du budget : il n'est pas tant un nouveau Ministre qu'un vingt-huitième Commissaire européen.

Copé, Woerth, Baroin, Pécresse, Cahuzac, Cazeneuve… A Bercy les hommes et les femmes passent, la mentalité reste.