Il aura fallu attendre plus d’un quart de siècle pour qu’un Etat-membre, le Royaume-Uni, ait le courage d’imposer enfin la volonté de son peuple à l’Union Européenne.

En 1992, aucun eurocrate, aucun éditorialiste, aucun dirigeant n’avait trouvé à redire que les Français adoptent le traité de Maastricht par référendum à une courte majorité (51.04%). En revanche, dès que les peuples se sont rendu compte que l’Union Européenne ne remplissait aucune de ses promesses, et défigurait l’idée de coopération européenne, l’oligarchie a trouvé tous les prétextes possibles pour bafouer les référendums des Français, des Hollandais, des Irlandais et même le résultat des élections nationales grecques ou italiennes quand leur résultat ne plaisait pas à Bruxelles !

Enfin, est arrivé le référendum britannique. La nation de naissance de la démocratie moderne, berceau des libertés individuelles, ne pouvait tolérer les atteintes de plus en plus autoritaires à sa souveraineté. Face à l’hystérie collective qui s’est emparée des élites européistes promptes à prédire toutes les catastrophes possibles, le Royaume-Uni a répondu avec son éternel flegme, calme et humour. Intimidations, menaces, manœuvres parlementaires, obstructions diverses et variées, tout a été fait avant puis après le vote pour confisquer le vote britannique comme on avait confisqué le vote français en 2005. Mais les Anglais ont tenu parce qu’ils croient avant toute autre chose, à la démocratie et à leur identité nationale, deux idées sœurs que l’Union Européenne bafoue chaque jour davantage.

Le courage de Boris Johnson n’a pas été de se fier au peuple britannique. Il savait qu’il lui donnerait raison, ce qui explique pourquoi les opposants au Brexit craignaient de telles élections anticipées ! Son véritable courage a été d’affronter l’oligarchie européenne et ses relais à la chambre des Communes ! Ainsi, il n’a fallu que quelques semaines pour résoudre les pseudo-blocages de l’accord de sortie qui n’existaient que dans l’imagination des anti-Brexit !

Si les dirigeants avaient tenu compte des volontés et des votes des peuples depuis 25 ans, le Brexit n’aurait sans doute jamais eu lieu. Hélas, la meilleure preuve objective du fanatisme bureaucratique de l’Union Européenne et des gouvernements français successifs est ce mépris systématique de la démocratie et des conséquences réelles de leurs politiques folles –immigration, chômage, inégalités sociales, déclassement technologique…

Une fois ce diagnostic posé, quelles leçons tirer du Brexit pour l’avenir de la France et de l’Europe ? Tout d’abord, il n’y a rien à espérer des dirigeants qui ont construit et défendu l’UE. L’essentiel des parlementaires britanniques qui étaient contre le Brexit ont refusé d’appliquer le vote du peuple, comme ce fut le cas des parlementaires français en 2007. Le seul moyen de redonner sa liberté à la France et de changer complétement la construction européenne, c’est de gagner les élections pour remplacer les incapables qui nous gouvernent. Deuxièmement, la France n’est pas le Royaume-Uni et les Français ne sont pas des Anglais. Notre pays entretient avec la construction européenne un lien particulier, fondé sur l’espoir que l’Europe permette à la France de travailler en paix avec ses voisins et de rayonner dans un monde multipolaire. Le scepticisme constant que le peuple britannique a toujours affiché pour l’Europe, de Churchill à Boris Johnson, en passant par Margaret Thatcher, n’a rien à voir avec la volonté de notre peuple.

Aussi, je n’ai jamais compris pourquoi ceux qui, condamnant les européistes qui imposent leur idéologie aux peuples, souhaitent bizarrement imposer aux Français un « Frexit » dont ils ne veulent pas davantage. Le Général de Gaulle lui-même avait montré la voie à suivre. Membre fondateur, la France a le poids nécessaire pour remettre l’Europe sur de bons rails, à savoir une coopération de nations libres, qui maitrisent leurs frontières, leurs lois et leur budget. Sans la France, l’Union Européenne n’existe plus et ce faisant, si la France veut changer l’Europe, l’Europe changera.

Enfin, il faut maintenir les meilleures relations possibles avec nos amis britanniques. Des dizaines de milliers d’emplois français dépendent du commerce avec nos voisins, tout comme le sort de nos pêcheurs. Je me réjouis de voir que le ton du gouvernement est devenu plus conciliant à mesure que le Brexit était inévitable. On sait déjà que la coopération militaire entre nos deux pays demeurera. A titre de symbole, un réacteur de recherche sur le nucléaire du futur, un projet de coopération européenne qui était au point mort depuis des années vient tout juste de reprendre du service… Preuve s’il en fallait que la fin de l’Union européenne sera bel et bien le renouveau de l’Europe !

En tant que Président de Debout la France, je suis particulièrement fier de m’être battu pendant plus de dix ans avec mon ami Nigel Farage, qui a montré la voie du référendum. Puis aux dernières élections européennes, c’est avec la même fierté que nous nous sommes alliés avec les Tories de Boris Johnson. Je ne leur souhaite pas seulement bonne chance, car le choix de la démocratie ne doit rien au hasard. Je leur dis merci, merci pour la démocratie et à bientôt, pour l’Europe, la vraie.